Perdre le fil - Cécile Nadaï


29 septembre 2009

De l’(in)utilité des listes

liste

J’adore les listes.  Je suis la reine des listes. Je fais des listes de tout ce qui peut se lister : des listes de courses, des todo listes, des listes de pour et de contre, des listes de choses à vérifier, etc. Ca me rassure, ça me donne l’impression d’être sérieuse, organisée et responsable, de prendre ma vie en main, d’être grande, quoi !

Petite, j’oubliais et je perdais toujours tout. Mes jouets, mon manteau, mon cartable, mes livres, etc. Mon prof de musique avait beau expliquer à ma mère que c’était ce qui faisait tout mon charme chaque fois que j’arrivais à mon cours de flûte traversière sans ma flûte, ça ne l’a jamais convaincue. A dire vrai, moi non plus. C’est pas super pratique d’être une tête de linotte. C’est même un sacré handicap. Surtout quand on passe des jouets aux clés d’appartement et du cartable à la carte bleue. Du coup, j’ai trouvé une solution, je me suis mise à faire des listes. Parce que quand c’est noté, ça n’a plus à être dans ma tête, donc si j’oublie, c’est pas grave puisque je m’en souviendrai quand-même.

Solution magique, n’est-ce pas ? Oui. Magique. Sauf si on oublie également la dite-liste, ce qui, dans mon cas, semble inéluctable.

Je fais une liste de courses, consciencieusement et raisonnablement, je la mets dans ma poche, à portée de main et je m’aperçois, en sortant du magasin, que j’ai oublié de l’en sortir. Résultat, j’ai acheté des tas de choses dont je n’avais pas besoin (ça, encore, c’est pas trop grave) mais j’ai aussi oublié les choses fondamentales.

Je fais une todo liste chaque lundi matin, j’y récapitule tout ce que dois faire pendant la semaine à venir, je me triture le cerveau pendant une demi-heure pour être sûre de tout y noter, mais le lundi après-midi, je l’ai déjà oubliée. J’ai beau la laisser bien en vue, rien n’y fait. Résultat, le vendredi, quand ma boîte mail me rappelle de vérifier ma todo liste, je redécouvre ce qu’aurait du être mon emploi du temps de la semaine.

En cas de dilemme, je fais des listes de pour et de contre. Ca me prend des heures parce que je veux être bien sûre d’avoir été totalement impartiale et de ne pas me tromper. Une fois ma liste finie, je la lis, la relis mais suis toujours dans l’incapacité totale de pencher d’un coté ou de l’autre. Au bout du compte, je finis invariablement par faire un choix complètement irréfléchi, impulsif et partial 2 heures plus tard, à la caisse du supermarché.

Dans ces conditions, me direz-vous, pourquoi continuer à faire des listes ? Mais parce qu’on ne sait jamais, un jour, ça pourrait bien me sauver la vie. Ca pourrait. Si si.

Et puis, au moment où je m’installe sur mon canapé, armée de mon crayon et de mon petit carnet, l’espace d’une demi-heure, pendant que j’élabore stratégiquement ma liste, je me sens sérieuse, organisée et responsable et je me dis que ma maman serait fière de moi. Et ça, c’est bien la preuve qu’une liste inutile ne l’est pas tant que ça.pixelstats trackingpixel

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