De la culpabilité, cette salope!

Je suis un pur produit de l’éducation judéo-chrétienne, pétrie d’une culpabilité toujours prête à se déverser pour mieux me pourrir la vie. C’est comme si tout sentiment agréable devait nécessairement être teinté de ce truc, diffus mais tenace, qui me plombe les ailes et s’assure que je traîne comme un boulet tout le poids du passé.
Avec elle dans les parages, pas le droit d’être égoïste, de s’aimer, de se faire plaisir, de réussir, de dire non, d’être paresseuse sans entendre cette sale petite voix dans un coin de ma tête me répéter que c’est pas bien, qu’il ne faut pas, que c’est interdit et réprouvé.
Accepter un compliment avec un simple merci? Se regarder dans la glace et sourire de se trouver jolie ? Impossible. Cela me transformerait tout de suite en un monstre narcissique et nombriliste.
Assumer de dire non lorsque l’on vous demande un service qui vous coûte trop ? Faire parfois passer son plaisir avant celui des autres ? Impossible, encore. Cela ferait de moi la dernière des égoïstes, insensible et sans cœur, indigne de l’amitié ou de l’amour de ses amis.
Savourer tout simplement un moment de bonheur sans se poser de questions ? Pas moyen puisque chaque fois que je suis bien, cette saleté de culpabilité est là, perverse et terriblement efficace, à me dire que cela ne peut pas durer, que quelque chose, forcément, va venir s’en mêler et détruire ce fragile équilibre.
Je me suis rendue compte de l’ampleur de ce phénomène il y a quelques semaines. J’avais passé des mois à attendre de voir mes efforts porter leurs fruits, des mois à attendre de voir ma vie se conformer parfaitement à me désirs. Tout était bien, serein, enfin. Pourtant, chaque soir, au moment de m’endormir, une pointe de je ne sais pas trop quoi venait me titiller, m’angoisser et faire tourner mes pensées. Cela me semblait incompréhensible. Complètement irrationnel. J’avais beau chercher, tout retourner dans tous les sens, absolument rien ne pouvait l’expliquer.
C’est alors que je l’ai reconnu, cette salope de culpabilité, tapie dans l’ombre pour mieux me torturer et tenter de gâcher mon tout nouveau bonheur si durement gagné. Une fois de plus, elle essayait de me faire croire que je ne l’avais pas mérité, que je ne pouvais pas être simplement bien, que ce n’était pas normal et que je devais, d’une façon ou d’une autre, le payer.
Sauf que, pour la première fois, j’ai non seulement refusé de l’écouter, mais j’ai surtout décidé de lui faire la peau une bonne fois pour toute, à cette empêcheuse de tourner en rond tout droit sortie des tréfonds de mon surmoi.
Depuis ce jour, ma culpabilité et moi nous menons une guerre sans relâche. Dés que je la vois s’approcher, sournoisement, lâchement, je la regarde droit dans les yeux et je lui ris au nez, à cette connasse. Je lui explique qu’elle se fatigue pour rien, qu’elle ne m’aura plus avec ses stratagèmes ridicules, que mon surmoi et moi sommes désormais bien réconciliés et qu’elle n’a plus qu’à passer son chemin.
Non mais, c’est vrai quoi ! C’est quand-même pas une bestiole sadique, laide et sans scrupule qui va m’empêcher de mener ma vie comme je l’entends !
3 commentaire(s)
très difficile de s'en départir de cette culpabilité ...C'est toujours difficile , elle est comme ancrée en nous.... Je te souhaite d'avoir toujours la vigilance en alerte face à ce sentiment
Ahhh oui, on la connaît celle-là. Et quand tu deviens mère, elle te lâche plus. Je l'appelle "cette culpabilité tout-bout-de-champesque" dans ma dernière petite histoire (Elle s'appelle "Yes, no et des clous", si ça t'amuse d'aller voir). Courage, tu la tiens !
Un plaisir de te lire et de lire que oui! Je ne suis pas la seule à être suivie de près de loin par cette B****** et tout son tsoin tsoin.