De la joie du départ

Il y a des départs voulus, des départs subis, des départs différés, des départs éphémères, des départs soudains, des départs qui ressemblent à des fuites, des départs que l’on regarde depuis le quai d’une gare, des départs qui sont comme des délivrances, des départs hésitants, des départs théâtraux…
Ceux que je préfère, ce sont ceux qui font naître en moi l’excitation et l’impatience. Ceux que l’on prépare, que l’on attend, que l’on espère. Compter les jours, imaginer, rêver, trépigner avant de partir, enfin.
J’aime partir parce que dans un départ, il y a toujours l’idée que là-bas, c’est mieux. Ici, on s’ennuie, on connaît par cœur, on a soif d’autre chose. Ailleurs, c’est différent, étrange, nouveau. Et c’est précisément cela qui est mieux. Le changement. On ne s’émerveille que de ce que l’on ne connaît pas vraiment. Passée la phase d’éblouissement, on voit les défauts, les aspérités, les vices cachés. On oublie de regarder la beauté. Tout semble un peu fade et uniforme. On se dit que sous d’autres latitudes, tout est probablement beaucoup plus joli.
Alors on rêve de départ, de voyages, de tout ce que l’on n’a pas ici. Du soleil, des plages, des foules bigarrées, des paysages merveilleux, à couper le souffle, des rencontres émouvantes, des moments paisibles, de folles nuits de fête sous les tropiques, des steppes immenses et silencieuses… on prend tout ça à bras le corps, on en fait de superbes souvenirs, on charge son esprit de toutes ces choses que l’on ne pourra jamais réellement partager avec ceux qui ne sont pas là. Qui sont restés là-bas.
Puis, vient le moment, au cœur du voyage, où l’on se dit que certaines choses manquent malgré tout. Rien de très palpable, rien de très précis. Des moments, des gens, des rues, des habitudes. C’est pas grave, ça fait partie du paysage de notre voyage. C’est juste là, quelque part dans un coin de la tête. Ca n’empêche pas de s’extasier, de profiter, de savourer.
Et finalement, après s’être saoulé d’aventures nouvelles et de contrées inexplorées, vient le moment de rentrer la maison. Généralement, c’est un retour empreint de regrets. Déjà. Si tôt. C’est tout ? On prend l’avion, puis le taxi ou le métro qui nous ramène à la maison. Fatigué. Courbaturé. Off pour quelques heures, voire quelques jours. Là pour personne.
Mais quand on a bien soigné les heures de vol et le cafard avec une bonne nuit de sommeil, commence le temps des retrouvailles avec son univers : ses disques, ses livres, ses photos, son ordinateur, ses objets familiers, sa machine à café. On sort dans sa rue, son quartier, on regarde la vie autour avec un œil nouveau, plus riche d’avoir vu d’autres choses. On se promène dans la ville et on se dit que quand-même, qu’est que c’est beau ! Le ciel n’avait pas la même couleur à l’autre bout du monde. On retrouve les amis, les soirées passées à refaire le monde autour d’un verre, les restaurants rituels… Tout ce qui nous manquait là-bas.
J’aime les départs excitants, passionnants, aventuriers. J’aime aussi ce second voyage en terre connu qui commence quand on rentre à la maison. J’aime les départs tout autant que le retour qu’ils impliquent. Explorer l’inconnu pour mieux se trouver. Découvrir l’ailleurs pour savourer l’ici autrement. Partir pour mieux revenir.
1 commentaire(s)
Que c'est beau de te (vous ?) lire.