Perdre le fil - Cécile Nadaï


14 décembre 2009

Les objets ont une âme

teddy-bear-lintmachine

Chaque fois que je rentre à la maison,  je mets machinalement mes clés dans le petit vide-poche prévu à cet effet, juste à coté de la porte. C’est une habitude bien pratique qui me permet de ne pas perdre mon temps et mon calme au moment de sortir. Pourtant, chaque fois que je m’en vais, les clés ne sont plus dans le petit vide-poche prévu à cet effet. Comme si elles s’étaient bizarrement envolées, évaporées. Conséquence évidente, je les cherche pendant un temps qui me semble infini, je m’énerve, et quand je finis par prendre le double des clés pour enfin pouvoir partir, je suis en retard et plus du tout de bonne humeur.

Chaque fois que j’enlève mes bijoux avant d’aller me coucher, je les range soigneusement dans la boîte prévue à cet effet sur ma table de chevet. C’est un réflexe bien utile pour éviter de piquer des crises de nerfs lorsque j’en cherche un juste avant de sortir. Pourtant, chaque fois que l’envie me prend de porter un collier, une bague ou un bracelet bien précis, il a comme par magie disparu de sa boîte. Ils y sont tous sans exception, sauf celui que je veux justement porter. Résultat, je le cherche partout, en vain, et je finis par en choisir un autre en pestant contre la terre entière.

Alors, je veux bien admettre que je peux parfois être tête en l’air, pas très ordonnée ou distraite, je veux bien croire aux mauvais concours de circonstances ou aux coïncidences malencontreuses, mais tout de même. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il y a une coalition quelque part, un complot visant à ruiner toutes mes tentatives de ponctualité, une cabale lancée contre ma tranquillité d’esprit, une conspiration visant à me nuire personnellement.

D’où ma question : où vont les objets quand ils disparaissent exprès pour nous embêter ? Est-ce qu’il y a un endroit tenu secret où ils se retrouvent tous pour se débriefer du dernier tour qu’ils ont joué à leur propriétaire ? Un endroit où ils peuvent tranquillement se cacher en attendant le moment où l’on n’aura plus besoin d’eux pour réapparaître ?

Parce que le pire, dans tout ça, c’est que quand je rentre à la maison le soir, que j’ouvre ma porte avec mon double de clé et que je le mets machinalement dans le petit vide-poche prévu à cet effet, quelle est la première chose que je vois, nonchalamment posée en évidence sur la table du salon, sur le bureau ou sur une étagère ? Les clés que j’ai passé un temps infini à chercher. Pourtant, je sais bien que ce matin, elles n’étaient pas là, ces clés, sinon bien sûr, je les aurais trouvées !

Et quand avant de me coucher, je range soigneusement mon collier dans la boîte prévue à cet effet sur ma table de chevet, qu’est-ce que je trouve, tout emmêlé, malicieusement caché sous une paire de boucle d’oreilles ? Le collier que j’ai passé des heures à chercher le matin-même et qui, j’en suis sûre, je le sais, n’était absolument pas là quelques heures auparavant.

Non, c’est sûr, les objets ont une âme. Ils sont bel et bien vivants, pervers, diaboliques et mal-intentionnés. Comme ça, rangés bien sagement à leur place, ils ont l’air innocent, inoffensif, au-dessus de tout soupçon. Qui irait accuser une paire de ciseaux de sadisme ou un rouleau de scotch de mesquinerie ? Et pourtant, les faits sont là, derrière leur apparente immobilité se cachent de fins stratèges qui ne reculent devant rien pour nous rendre la vie impossible. Ils jouent avec nos nerfs, éprouvent notre santé mentale et, sacrilège suprême, nous font perdre notre temps alors que, comme chacun sait, le temps perdu ne se rattrape jamais.

Cela doit cesser. Ces exactions ne doivent plus restées impunies. A notre tour, torturons nos objets, faisons les souffrir, abîmons-les, remplaçons-les, traquons-les, rangeons-les dans des endroits totalement improbables et tout à fait inhabituels d’où ils ne pourront plus s’extirper ! Montrons-leur qui commande et qui possède qui ! Non mais !

Crédit photo – flickr – lintmachine
pixelstats trackingpixel

Laisser un commentaire(s)
Mots-clefs :, , ,


0 commentaire(s)
Laisser un commentaire