Perdre le fil - Cécile Nadaï


28 décembre 2009

The way you make me feel

nika-fadul

Pendant longtemps, j’ai été fière d’être seule. Fière de n’avoir besoin de personne, de me débrouiller par moi-même, de régler chaque problème de mon quotidien comme une grande, de ne pas rendre de comptes sur ma vie, mon emploi du temps, mes sorties. Je ne demandais l’avis de personne quand il s’agissait de faire des choix, je ne comptais sur personne lorsqu’il fallait trouver des solutions. J’étais célibataire, libre, indépendante.

Etre amoureuse, être à deux, c’était pour moi amoindrissant, affaiblissant, c’était comme si on n’existait plus qu’à moitié, comme si une partie de nous disparaissait dans l’autre. Etre seule, c’est ce qui me rendait plus forte, ce qui me faisait être moi, ce qui me faisait me sentir vivante.

Et puis un jour, presque pour la première fois, je suis tombée amoureuse. Amoureuse pour de vrai. Pas comme d’habitude. Pas une histoire sans avenir avec quelqu’un qui n’en a pas plus.  Pas un truc banal qui vous apporte autant de problèmes que de bonheur. Pas un truc qui vous freine, vous entrave et vous empêche d’être vous-même. Non, une histoire d’amour comme je ne savais même pas que cela existait. Un truc sucré, suave, doux et moelleux. D’aucuns diront même mièvre ou cucu mais peu importe, un jour, je suis tombée amoureuse et tout a changé.

Avant, quand je me réveillais le matin, j’avais l’impression d’ouvrir les yeux avec méfiance, comme si je m’attendais à ce que quelque chose me tombe dessus, quelque chose à quoi il fallait que je me prépare pour pouvoir l’affronter. Tout un monde potentiellement hostile à envisager, à anticiper, à analyser. Aujourd’hui, j’ouvre simplement les yeux, sans arrière-pensée, sans doute, sans angoisse. J’ouvre les yeux et tout va bien.

Avant, lorsque je marchais dans la rue ou que j’évoluais au milieu d’une foule de gens, il me semblait devoir faire attention à tout. Ma façon d’être, de marcher, de regarder autour de moi. J’avais l’impression de ne pas maîtriser les codes, de n’être vraiment à ma place nulle part, de faire semblant d’appartenir à un monde dans laquelle je me sentais un peu étrangère et perdue. Aujourd’hui, je ne sais pas si je me sens moins étrangère à ce monde, je ne sais pas si j’y suis plus à ma place, si le regard des autres sur moi a changé, mais la différence, c’est que je m’en fiche. Ce n’est plus à cela que je pense lorsque je marche dans la rue.

Avant, je détestais les dimanche soir. Les dimanche tout court déjà, mais les dimanche soir encore plus. C’était toujours un peu triste et angoissant, plein de lundi matin, de grisaille et d’ennui. Aujourd’hui, rien n’est plus pareil. Ma vie a changé et les dimanche soir n’ont plus rien de déprimant. L’ennui est devenu une douce indolence, les angoisses se sont effacées, la perspective du lundi matin n’est plus triste et même la grisaille peut être chaleureuse.

Avant, l’avenir, c’était un truc flou dans lequel je ne me projetais pas du tout. Je vivais au jour le jour, je construisais ma vie au fur et à mesure, sans aucune visibilité sur ce qui se passerait après. J’aimais ça. Je me disais que puisque le meilleur était à venir, peu importe de quoi ce serait fait. J’avais raison, le meilleur est toujours à venir. Mais maintenant, je l’envisage différemment, je le planifie un peu, je le modifie beaucoup, je l’imagine toujours. Je le modèle à mon image. Je le choisis.

Avant, je n’osais pas. Je n’osais pas entreprendre, je n’osais pas me lancer dans des projets, je n’osais pas commencer de nouvelles choses. Je ne m’en sentais pas capable, je ne me sentais pas prête à en assumer toutes les conséquences, je n’arrivais pas à croire que je puisse y arriver. J’avais plein de rêves que je n’imaginais pas un jour transformer en réalité. Aujourd’hui, je suis confiante, assurée, j’essaie, je tente, je risque, je réussis. Il me suffit de le regarder, de me regarder dans ses yeux pour me croire capable de tout réaliser.

Avant, j’étais un moi sérieux, je n’avais pas le droit à l’erreur, pas le droit d’être faible, de me laisser aller, de perdre mon temps. Je ne pouvais compter que sur moi-même pour avancer. Cela ne me laissait aucun répit et peu de temps pour les enfantillages, l’oisiveté ou le superflu. Aujourd’hui, je peux parfois faire une pause, accepter de dire que je suis trop fatiguée pour continuer, me reposer, faire l’enfant, poser ma tête sur une épaule et me laisser guider, me laisser porter, les yeux fermés, en toute confiance. Je ne suis plus seule. C’est ce qui me rend plus forte, ce qui me fait être moi, ce qui me fait me sentir si vivante.

Crédit photo – Nika Fadul – Flickrpixelstats trackingpixel

3 commentaire(s)

3 commentaire(s)
2009-12-28 11:25:28 Le Journal de Chrys dit :

Très bel article!!!!

2009-12-28 11:46:36 annick dit :

je me retrouve tout à fait dans ce que tu as écrit, c'est fou!

2009-12-28 19:19:10 unefillequisignore dit :

Oui un article doux et un bel hommage à cet amour qui transforme....Je te souhaite de pouvoir reposer ta tête sur cette épaule le plus longtemps possible!

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