Perdre le fil - Cécile Nadaï


11 janvier 2010

Le mystère de la patience

time-isobelT

J’ai une réelle admiration pour les gens doués de patience. Ceux qui, quoiqu’il arrive, prennent sur eux, relativisent, attendent, acceptent que les choses ne soient pas exactement comme ils le souhaitent ou comme elles étaient prévues.

Ils sont confiants, posés, avisés, détendus. Ils attendent simplement que le cours des choses se coordonnent avec leurs besoins, ils prennent leur temps, murissent leurs choix, leurs décisions et gardent leur calme en toutes circonstances. Cela me fascine et m’impressionne.

Mon admiration pour ces gens patients n’a d’égale que le sentiment d’agacement qu’ils m’inspirent. Leur calme, leur sourire, leur douceur et leur mesure à toute épreuve me crispent au plus haut point. Alors que vous vous énervez, râlez, criez, pestez et vociférez, les gens patients vous regardent, du haut de leur regard serein, et vous disent très calmement « Mais enfin, voyons, ça ne sert à rien de s’énerver comme ça ». Ben non, effectivement, ça sert à rien de s’énerver, on le sait bien, mais ça soulage et qu’est-ce que ça fait du bien ! Tout à fait inutile et totalement horripilante, ce type de réflexion a clairement pour but de vous déstabiliser et de vous faire douter du bien-fondé de votre colère et de votre impatience. Il ne faut surtout pas y céder, ne jamais leur donner raison en se calmant, car l’impatience, c’est précisément ce qui fait avancer le monde !

C’est vrai, à quoi ressemblerait le monde si jamais personne ne s’était battu contre la fatalité, si personne n’avait refusé de s’en remettre au temps, si personne n’avait cessé d’attendre patiemment que les choses ne passent ?

Si personne n’avait cherché à transgresser ce qui a toujours été et que l’on pensait ne pouvoir changer qu’avec le temps, aucune révolution n’aurait vu le jour. Si aucun impatient ne s’énervait et ne se rebellait contre des gens trop lents, des règles trop absurdes, des technologies trop peu efficaces, aucune invention ne viendrait changer le monde. Si aucun être pressé et emporté ne faisait de choses impétueuses, ne prenait de décisions à la va-vite, ne cédait à de folles impulsions, nous vivrions tous dans un monde inerte et ennuyeux, peuplé de gens doux et aimables, souriants et raisonnables qui se contenteraient de ce qui leur est proposé, accepterait les choses dans toute leur imperfection sans jamais chercher à les changer.

Bien sûr, une part de moi rêve de percer le mystère de la patience, d’apprendre à rester imperturbable face aux coups bas du hasard, sereine face aux gens qui jouent avec mes nerfs, parvenir à ne plus bouillir intérieurement chaque fois que quelque chose se met en travers de mon chemin, me retarde ou m’oblige à modifier mes plans. Les gens me doubleraient à la caisse et je ne m’énerverais pas, les aléas de la vie me retarderaient et j’en sourirais, je passerais des heures à expliquer la règle de 3 à des élèves peu doués et je me sentirais utile. Je serais bien, zen, sereine. Ce serait tellement reposant.

Mais de la patience à l’apathie, du calme à l’atonie, de l’acceptation à la résignation, il n’y a qu’une limite fragile et mouvante qui m’effraie. A force de se dire que tout vient à point à qui sait attendre, on la franchit sans forcément s’en apercevoir, elle nous trompe par son apparente quiétude, nous fait croire à une sérénité retrouvée… et nous mène tout droit au regret.

Crédit Photo – flickr – Isobel T
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1 commentaire(s)

1 commentaire(s)
2010-01-11 13:59:51 annick dit :

je suis très patiente mais ma patience a des limites :-)

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