Ere glaciaire

Il y a maintenant 3 mois, commençait pour nous une ère nouvelle. Une ère dénuée de lumière, de chaleur et de couleur. Une ère emplie de froid, de pluie, de neige et de tremblements. Une ère longue et pénible, que l’on subit sans mots dire et en toute impuissance.
Depuis qu’elle s’est installée, de jour comme de nuit, du lundi au dimanche, une seule règle prévaut : se pelotonner, s’envelopper, se protéger, se cacher. Attendre et ne sortir sous aucun prétexte, à moins de vouloir se retrouver congelé, glacé, cryogénisé.
Depuis que cette nouvelle ère glaciaire a débuté, notre monde a changé. Oubliés les morceaux de ciel bleu, la chaleur d’un rayon de soleil, le bonheur d’une sortie en bord de mer, la douceur d’un déjeuner en terrasse. Aujourd’hui, la vie est bien plus monotone et le champ des possibles s’est considérablement rétréci.
Adieu robes, jupes et décolletés plongeants. Aujourd’hui, nous nous emmitouflons dans de gros pulls à cols roulés, nous accumulons les couches de vêtements et sous-vêtements, nous nous déplaçons avec difficulté, tout engoncés dans nos manteaux et nos écharpes.
Adieu sorties dans Paris le dimanche après-midi. Aujourd’hui, nous nous calfeutrons derrière nos fenêtres closes, presqu’en hibernation, nous nous enroulons dans des couvertures de laine, bien au chaud dans le canapé. Nous tenons trop à notre intégrité physique pour tenter de passer la porte d’entrée.
Adieu allure sexy et teint de pêche. Aujourd’hui, lorsque nous arrivons à un quelconque rendez-vous après avoir courageusement bravé les éléments et affronté le froid polaire, nos lèvres sont bleues, nos joues sont rouges, notre peau tiraille de tout coté et nous sommes enrhumés en permanence, malades à vie, condamnés à nous moucher.
Adieu décontraction et sérénité. Aujourd’hui, lorsque nous sortons, tout notre corps est tendu, tous nos traits sont tirés. On contracte la moindre petite parcelle de muscles dans l’espoir de se protéger du froid et du blizzard, de les empêcher de nous glacer. Le monde est peuplé de gens tout raides, aux visages figés, aux sourcils froncés, aux silhouettes fermées et recroquevillées.
Et nous, perdus dans ce vaste et morne hiver, nous espérons. Nous guettons le redoux printanier qui n’en finit pas de nous narguer en n’arrivant pas. Nous attendons le renouveau, le soleil et les arbres en fleurs. En vain. L’ère glaciaire perdure, elle nous tue à petit feu. Désormais, semble t-elle nous dire, quoi que vous fassiez, vous le ferez dans le froid. Un froid tel que vous n’aurez même pas l’impression de voir les jours rallonger. Un froid mordant, coupant, violent.
Alors, dans ce chaos le plus total, je me prends à rêver, à divaguer au grès de mes souvenirs d’été. Je me rappelle ces journées caniculaires où j’allais au Monoprix rien que pour profiter du froid de leur rayon surgelé. Je me revois, enfant, immobilisé par les tubes de Biafine étalés sur mon dos, tentant d’apaiser la douleur atroce de mes coups de soleil. A l’époque, je pleurais et priais pour que cette douleur s’arrête. Sotte que j’étais, j’ignorais ma chance ! Aujourd’hui, je rêve d’attraper un coup de soleil. D’avoir le nez rouge écarlate et même de peler !
Je rêve d’avoir chaud, d’avoir soif, de transpirer. Je veux soupirer de chaleur, avoir chaud à en perdre le sommeil, porter des robes dénudées, mettre des sandales à mes pieds, passer des journées entières à ne rien faire, avachie devant la télé, persiennes fermées. Je rêve de ce moment, perdu au creux de l’été, où, harrassée de moiteur et d’indolence, je me surprendrai à espérer l’hiver d’après.
Crédit photo : Provincijalka
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En attendant les beaux jours on peut toujours lutter contre le changement climatique, ça nous réchauffera. Et souvenon-nous de la Retraite de Russie : "Sortira-t-on jamais de ce funeste empire ? Deux ennemis ! le tsar, le nord. Le nord est pire"