Perdre le fil - Cécile Nadaï


24 mars 2010

Cristallisation

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Il y a quelques jours, je suis retournée dans la ville où j’ai passé 5 années de ma vie, parmi les plus riches et les plus importantes. Cette ville, j’y suis devenue adulte, je m’y suis construite, je m’y suis amusée comme jamais, je connaissais par cœur ses rues, ses bars, ses boulangers ouverts toute la nuit, ses magasins, ses raccourcis. Je m’y sentais chez moi, totalement, absolument.

Quand je l’ai quittée pour une autre, je me suis sentie comme déracinée, comme si on m’avait enlevé une partie de ce que j’étais. J’y ai laissé mes points de repères, mes certitudes, la sensation de naviguer en mer connue, mes amis, des amants, mes années d’étudiante. Ailleurs, j’ai retrouvé un peu de ce que j’avais laissé derrière moi. Pierre après pierre, j’ai tout reconstruit. Différemment, patiemment, avec un peu de nostalgie, toujours, mais sans regret.

Malgré tout, cette ville, j’en avais gardé une image belle et authentique. Idéale, même. Elle était vraie, elle était à ma taille, elle était pleine de gens comme moi, je m’y reconnaissais, elle était gaie, elle était vivante, elle était pure, passionnée et palpitante. J’ai toujours pensé que je reviendrai y vivre. Comme les enfants qui partent parcourir le monde avant de se rendre compte qu’on n’est jamais si bien qu’à la maison. C’était ma maison.

Il y a quelques jours, donc, j’y suis retournée pour la première fois depuis 5 ans. J’y ai emmené mon homme, qui ne m’a pas connu du temps de cette ville. J’étais heureuse et fière de vivre ce pèlerinage avec lui. Je voulais lui montrer cet endroit qui a tant compté pour moi, lui montrer à quel point j’avais raison de l’aimer.

Pourtant, quand je suis arrivée, la magie n’a pas opéré. J’ai parcouru les mêmes rues qu’avant, j’ai vu les mêmes paysages, les mêmes places, les mêmes pavés, les mêmes immeubles. Les mêmes, avec le passé en moins, ma vingtaine en moins, mes amis en moins, mes repères en moins. Ma vie d’avant en moins. Et tout d’un coup, plus rien n’avait de sens. Je ne m’y reconnaissais plus. Je regardais les gens, leur façon de s’approprier cette ville qui est la leur, leur façon d’y vivre, familière, brusque et tendre. J’étais une simple spectatrice, lucide, objective. Comme si celle que je voyais si belle n’avait plus envie de me charmer.

Avant, je ne voyais que ses vieilles rues pavées, ses maisons à pans de bois, sa joie de vivre, ses vieux bâtiments chargés d’histoire. Cette fois, cela m’a presqu’échappé, je n’ai vu que des murs sales, de grands immeubles sans charme, plantés les uns à coté des autres, avec, deci delà, une jolie chose sur laquelle les yeux ont tout de même envie de s’arrêter.

Cela m’a rappelé cette vieille chambre dans la maison de mon arrière grand-mère. Petite, j’étais fascinée par la fenêtre en vitrail qui colorait toute la pièce. Je ne voyais qu’elle et cette chambre était pour moi magnifique, presque merveilleuse. Quand j’y suis retournée quelques années après, le vitrail m’a semblé minuscule, fade, insignifiant comparé au papier peint qui se décollait, au parquet abîmé, aux vieux meubles tristes et sans vie. J’y suis retournée persuadée de retrouver le havre de paix de mon enfance, j’en suis ressortie déçue et comme dépossédée de ce refuge.

Peut-être bien qu’avant cela, si l’on m’avait demandé quel était pour moi l’endroit le plus doux, le plus nostalgique, le plus rassurant, j’aurais parlé de cette chambre. Et là, en quelques minutes, plus rien de tout cela n’existait. Peut-être n’aurais-je jamais du y retourner.

Crédit photo – Flickr – Ronan Thenadey
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1 commentaire(s)

1 commentaire(s)
2010-03-24 11:09:29 annick dit :

pareil avec la maison de mes parents, c'était ma maison mais quand j'y retourne, je m'y sens étrangère. le passé appartient au passé, il faut l'y laisser et ne pas être nostalgique.

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