Perdre le fil - Cécile Nadaï


12 avril 2010

Mes nuits avec moi

flipper

En ce moment, je ne dors pas. Les nuits défilent et je n’ai tout simplement pas sommeil. Je m’endors très tard pour me réveiller à l’aube, sans réveil, sans une once de fatigue et sans comprendre comment ni pourquoi.

Du coup, chaque nuit, alors que la France dort, alors que tout est calme, alors que mon homme rêve d’autre chose que de moi à mes cotés, moi, je passe mes nuits avec moi, seule dans le noir et condamnée au silence.

Je pourrais bien sûr m’occuper de 1000 façons. Je pourrais me refaire une culture cinématographique, me taper l’intégrale de Rohmer ou de Lelouch pour tenter de m’endormir, mais je ne me déteste pas à ce point.

Je pourrais sortir enflammer les pistes de danse et boire de la vodka jusqu’au bout de la nuit dans de sombres boîtes de nuit, mais toute seule, c’est vraiment pas marrant.

Je pourrais dévorer livre sur livre, me faire une cure de poésie, m’attaquer à de grands classiques bien soporifiques, mais voilà, ma capacité de concentration est à peu près inexistante à ces heures tardives de la nuit, parce que même si je n’ai pas sommeil, je suis quand-même fatiguée. (Oui, je sais, c’est un concept étrange, je l’admets, mais je vous assure qu’on peut être fatiguée sans avoir sommeil. Enfin, en tout cas, moi je peux.)

Reste donc, une fois éliminées toutes ces possibilités, une seule solution pour occuper mes nuits avec moi : l’immobilisme horizontal, plus communément appelé le « je m’ennuie dans mon lit (et je maudis celui qui dort comme un bienheureux à mes cotés)».

Ce ne serait pas vraiment un problème si cet immobilisme horizontal n’allait pas de pair avec cette satanée manie que j’ai de sans arrêt penser. J’ai parfois l’impression d’avoir un flipper dans la tête. Ca va dans tous les sens, ça rebondit, ça fait des bip, ça clignote, ça s’emballe, ça tourne en rond, ça s’arrête, ça repart. Inlassablement. Insupportablement.

Parce que l’ennui, avec la nuit, c’est que ça transforme toute chose en problème, en doute, en angoisse. Tout devient grave, alarmant, terrifiant, oppressant. Un petit détail de la journée d’hier qui tout à coup me paraît capital et effroyable. Est-ce que j’ai bien éteint la cafetière? Dans le doute, je vais vérifier, ça va m’occuper. Un courrier que je n’ai pas encore envoyé et qui pourrait bien me conduire droit en prison, maintenant que j’y pense. La voiture que je n’ai toujours pas louée pour le week-end du 14 juillet. Han, j’ai mangé que 3 fruits et légumes hier, cette fois, c’est sûr, je vais mourir. Et le cadeau d’anniversaire de maman que je n’ai toujours pas trouvé. Pas de doute, elle va me renier.

La nuit, j’ai beau tenter de rationaliser, de trouver des solutions à mes pensées, à mes problèmes, il y en a toujours de nouveaux derrière. C’est la cohue, ça se bouscule, ça fait des pieds et des mains pour entrer dans ma tête, ça fait semblant d’être important, ça se la joue problème du siècle pour mieux me rendre folle.

Pourtant, je sais bien que demain, à la lumière du jour et d’un monde enfin réveillé, tout cela me semblera ridicule, pathétique et insignifiant. Je le sais bien, mais voilà, pour l’instant, il fait nuit. Et la nuit, je suis folle.

Crédit Photo – Flickr – Tony Eckersley
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6 commentaire(s)


6 commentaire(s)
2010-04-12 10:53:57 Ingrid dit :

J'ai toujours eu un sommeil agité. Fatiguée et pourtant, je peine à m'endormir et me réveille souvent en pleine nuit. Alors comme toi, je réfléchis, trouve des solutions à mes problèmes etc... Mais depuis, j'ai trouvé une autre manière de m'occuper. J'écris. Sur mon iTouch, je rédige des articles futurs pour mon blog. Ca peut paraître bête mais c'est dans ces moments-là que je trouve l'inspiration. Puis je me dis que c'est du temps perdu pour dormir mais gagné pour mon blog ^^

2010-04-14 11:44:30 Cécile Nadaï dit :

D'habitude, c'est ce que je fais, j'écris, je fais de la musique, je lis, etc. Mais en ce moment, j'ai la tête trop pleine de trop de choses... mais d'ici quelques jours, mes nuits devraient reprendre leur cours normal!

2010-04-14 17:17:18 Cha dit :

Tout pareil. J'ai jamais été une grande dormeuse, mais je m'en sortait correctement. Et puis il y a 2 ans, je suis tombée malade et j'ai découvert les insomnies. Toutes les angoisses que j'arrivais a faire taire pendant la journée profitaient de ce moment ou j'étais seule face a moi-même pour m'assaillir! Et comme mon cerveau fonctionne un peu comme le tien (moi j'appelle ça "la trotinette" quand il part en boucle) et que j'avais de vraies raisons d'avoir peur, ça prenait des proportions démentielles! La seule "solution" que je trouvais, lire ou regarder des séries jusqu'à tomber de fatigue! Mais, comme toi, c'est pas permanent mais cyclique. En général ça arrive quand il y a des angoisses que je refoule... Peut-être que tu devrais essayer de leur faire face pendant la journée, de t'organiser un plan, pour sentir que tu contrôles la situation. Moi j'écris! (Pas sur mon blog, ça c'est perso perso) :)

2010-04-14 19:58:12 Cécile Nadaï dit :

Le problème, c'est que dans la journée, tout ça me paraît beaucoup moins grave, c'est la nuit que tout me semble insurmontable. Faut dire qu'on n'a pas le même genre de problèmes... Je te souhaite plein de courage pour surmonter cette épreuve et je te souhaite surtout de ne bientôt plus avoir de vraies raisons d'avoir peur...

2010-05-05 19:24:51 Wilson dit :

Un petit tour ici un peu par hasard (grâce à Facebook à vrai dire) J'aime beaucoup ton écriture Cécile, c'est simple, c'est posé, c'est sincère, sans fioritures. bonne continuation à toi.

2010-05-05 21:05:59 Cha dit :

Merci Cécile :) A priori les vraies raisons sont parties, mais reste toujours la peur que ça revienne! Enfin, je dors beaucoup mieux!

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