Perdre le fil - Cécile Nadaï


7 juillet 2010

Nobody knows you when you’re up and high

lonely-heart-bianks

« Nobody knows you when you’re down and out », chantaient Bessie, Sidney, Nina, Eric, Janice, Sam, Otis et bien d’autres. Et personne ne songerait une seule seconde à les contredire. Mais ce que la chanson ne dit pas, c’est que l’inverse est aussi vrai: on n’a jamais si peu d’amis que lorsqu’on est heureux.

J’ai bien dit heureux, hein, pas riche ; je parle là d’un bonheur tout simple, tout doux, tout bien, indépendant d’une quelconque rentrée d’argent miraculeuse et qui n’est donc ni contagieux, ni transmissible. Juste une petite vie parfaitement conforme à nos attentes et qui du coup, nous transforme, nous donne le sourire, la joie de vivre, le modjo, qui rend l’avenir plein de promesses et nous remplit d’une toute nouvelle assurance. Ca bizarrement, j’ai l’impression que ça dérange certaines personnes.

Tous les frustrés, les aigris, les mous, les amers. Ceux qui se plaignent de ne pas avoir la vie qu’ils veulent sans jamais vraiment chercher à l’obtenir. Ceux qui s’apitoient sur leur sort et accusent la vie de tous leurs maux plutôt que de se remettre en question. Ceux qui s’en remettent à la fatalité plutôt qu’à leur propre volonté. Ceux qui, au lieu de chercher à être heureux, se demandent comment gâcher le vôtre, de bonheur, à grands coups de traîtrise et de reproches infondés. Ca fait beaucoup de gens, oui, je sais. Le bonheur, ce n’est donc vraiment pas un bon moyen de se faire des amis.

Alors que le malheur, finalement, c’est génial ! Quand vous êtes bien triste, bien déprimé, vous pouvez servir à plein de choses ! On peut avoir pitié de vous, se reconnaître en vous, se sentir important en prenant soin de vous, relativiser ses propres problèmes grâce à vous, se sentir encore plus heureux en vous regardant galérer, se sentir compris  en venant vous voir quand on va mal. C’est vraiment bien utile et bien pratique, un ami malheureux.  Ca sert à la fois d’échelle de valeur (tant que j’en suis pas à son stade, ça va), de soutien moral (lui, au moins, il me comprend) et de faire-valoir (heureusement que je suis là pour elle, la pauvre). Avouez, c’est mieux qu’un couteau suisse!

Mais par contre, si vous décidez tout d’un coup d’inverser la tendance, de commencer à prendre votre vie en main, de tout changer et de finir par être heureux, là, ça ne va plus du tout ! On n’a pas idée de changer de rôle comme ça ! Qui vous a permis de transgresser l’ordre établi ! Qu’est-ce qu’on va faire de vous maintenant ! Ca sert à rien, un ami heureux ! Ca sourit tous le temps, ça n’a pas de problèmes, jamais d’histoires glauques à vous raconter, ça vous renvoie à vos propres galères, vous ne pouvez pas vous rassurer à ses dépends, pire, ça vous balance ses dimanche extatiques en pleine figure alors que les vôtres sont déprimants. C’est gnangnan, c’est cucu, c’est agaçant, bref, en un mot, c’est chiant.

A moins d’être heureux soi-même. Auquel cas le bonheur des autres, on s’en fout un peu vu qu’on a déjà bien assez à faire avec le sien….

Ou alors, peut-être bien que pour apprécier le bonheur des autres, il faut tout simplement être un véritable ami… c’est vrai, ça, dis donc, j’allais oublier un paramètre fondamental dans ma petite démonstration : un ami, ce qu’il veut, normalement, c’est vous voir heureux, quand bien même lui ne l’est pas, c’est même à ça qu’on le reconnaît !

Et c’est même pour ça que c’est si rare, un ami, un vrai.

Crédit Photo : flickr – bianks
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2 commentaire(s)

2 commentaire(s)
2010-07-08 13:08:07 Thomas dit :

So true !

2010-09-07 15:19:15 nadege dit :

un bug! je voulais dc dire qu'il faut qd même du courage pr être heureux, on a plus à y perdre...même si ça vaut le coup!! c'est un plaisir de te lire

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