Allons enfants de la patrie

Le patriotisme est un sentiment d’amour, d’appartenance et de dévouement à son pays, nous dit Wikipédia. Bon, pour ce qui est de l’amour, je suis d’accord. J’aime mon pays, Paris, la Normandie, les français malgré tous leurs défauts, la Tour Eiffel, le pont du Gard, la Bretagne, les Pyrénées et la mer Méditerranée.
Par contre, le sentiment d’appartenance me plaît déjà beaucoup moins. Je ne vois pas pourquoi je devrais appartenir à quoi que ce soit de manière générale, mais alors l’idée d’appartenir à un pays me semble complètement absurde. Ca veut dire quoi, d’ailleurs, appartenir à son pays ? Exister à travers lui ? Etre prêt à se sacrifier pour lui ? Se sentir parfaitement en phase avec lui, quoiqu’il fasse, quoiqu’il pense, quoiqu’il revendique ? Et mon libre-arbitre, dans tout ça, j’en fais quoi ?
Quant au dévouement, alors là, on atteint pour moi les sommets de l’obscurantisme. Je devrais donc être dévouée à mon pays. Ce qui veut probablement dire que je devrais être prête à tout pour lui plaire, lui obéir à doigt et à l’œil, faire tout ce qu’il m’ordonne sans même me demander si ça me plaît ou non, si ça me ressemble ou non. Je n’existe plus, je ne pense plus, je ne réfléchis plus, je ne suis qu’une patriote dévouée à mon pays. Et puis quoi encore ?
Je suis donc totalement étrangère au sentiment de patriotisme. Ca me frappe chaque fois que je tombe par hasard sur le défilé du 14 juillet. Cette manie de passer en revue ses troupes, son armée et ses escadrons sur fond de « musique » militaire pour impressionner les voisins, ça me dépasse totalement. Cependant, je m’y suis intéressée de près, au patriotisme, car, comme tout ce qu’on ne comprend pas, il me fascine. J’ai toujours essayé de comprendre pourquoi et comment on pouvait se sentir patriote.
Je discutais un jour avec un ancien collègue de lycée engagé depuis peu dans l’armée. Cette décision me fascinait tant je ne la comprenais pas. Je lui ai donc demandé ce qui l’avait poussé à faire ce choix. Il m’avait expliqué que c’était bien confortable de s’en remettre à son pays, de savoir qu’il y a quelqu’un au-dessus de vous qui pense pour vous, sait à votre place ce qui est bien ou pas et vous transmet ses ordres sans que vous ayez à réfléchir. Quand je lui ai demandé si ça ne le dérangeait pas de ne jamais pouvoir agir selon son propre instinct et ses propres idées, il m’a demandé pour qui je me prenais et si je pouvais réellement prétendre penser mieux que son capitaine. Je lui ai rétorqué que tout le monde pouvait se tromper, après tout, mais j’ai bien vu à son air horrifié et indigné que c’était pour lui inenvisageable. Hmmm. Bel élan de patriotisme.
Une autre fois, je discutais avec un jeune homme français jusqu’au plus profond de son âme, à qui j’expliquais que j’étais tout à fait imperméable au sentiment de patriotisme et que ce qu’il impliquait en temps de guerre m’horripilait au plus haut point. Je lui demandais si, au fond, il trouvait normal de se retrouver à aller tuer des espagnols, des anglais ou des italiens du jour au lendemain, juste parce que notre gouvernement a décidé que leur gouvernement l’avait bien cherché. Ils nous ont rien fait de plus qu’hier, ces gens-là, lui disais-je, et au nom de la Patrie, on devrait aller leur tirer dessus sans hésiter, sans réfléchir ? Non mais ça va pas ! Il m’avait regardée avec mépris, comme si j’étais un monstre dénué de tout sens moral et, secouant la tête de gauche à droite, les yeux écarquillés, il m’avait dit « Mais enfin, c’est ton pays ! C’est ta patrie ! ». Ce que cela montre, c’est qu’on peut donc ajouter à la définition du patriotisme, l’intolérance totale pour qui n’est pas patriote.
Tiens, c’est marrant, ça ressemble un peu à la religion, en fait, le patriotisme : attachement, dévouement, amour et intolérance… autre coïncidence étrange, il se trouve que, si on regarde bien, le patriotisme et la religion sont les 2 seules et uniques causes de toutes les guerres qui se jouent en ce moment-même et depuis toujours partout dans le monde. Tiens donc. C’est peut-être pour cela que je ne suis ni pratiquante, ni patriote.
1 commentaire(s)
Tu oublies le dieu de tous qui engendrent beaucoup plus de guerres et pour qui tous seraient près à renier leur patrie ou leur religion : God Money. Et le foot bien entendu ;-)