Perdre le fil - Cécile Nadaï


21 juillet 2010

Le concert

concert

Rien ne me plaît plus que d’acheter 2 billets de concert pour aller voir un groupe que j’aime. Attendre avec excitation la date et l’heure, passer les contrôles à l’entrée de la salle comme si je m’apprêtais à faire un long voyage, arriver dans une salle pleine d’une effervescence palpable, trépigner en attendant le moment où les lumières s’éteindront, où les musiciens monteront sur scène,  où la première note résonnera enfin.

Ca, c’est la version poétique et lyrique d’un concert. Parce que dans la réalité, au moment d’arriver dans la salle, vous vous retrouvez irrémédiablement confronté à un paramètre qui, bien qu’en apparence secondaire, est très loin d’être négligeable : les GENS.

D’abord, il y le Grand. Celui qui, alors que vous avez cherché pendant une demi-heure un endroit d’où vous pouvez au moins apercevoir un bout du chanteur et du guitariste, vient tranquillement se planter devant vous et vous offrir la vue sur son T-shirt Dépêche Mode, tournée 1987. Malgré vos suppliques et votre plus beau sourire, il refuse de vous laisser passer devant lui parce que « c’est pas de sa faute s’il est grand ». Ouais, ben c’est pas de la votre non plus et c’est pourtant vous qui en payez les conséquences. Dépitée, vous n’avez plus qu’à vous décaler autant que faire se peut pour tenter de retrouver un semblant de visibilité.

Ce qui nous amène à la nuisible suivante : la chevelue. Elle n’est pas bien grande, ce qui est plutôt rassurant, vous vous dîtes qu’elle, au moins, elle ne risque pas de vous offrir le spectacle de son dos en sueur. Pourtant, vous auriez tort de ne pas vous en méfier car dés que la musique commence, elle se met à sauter dans tous les sens, vous balançant ainsi sa chevelure frisée plus que fournie en pleine figure et réduisant ainsi votre champ de vision à néant.

Vous reculez pour échapper à ses frisottis et vous rapprochez ainsi sans vous en douter d’un autre type de parasite. Son but, être le plus près possible de la scène pour ne pas en perdre une miette. Quoi de plus efficace, pour cela, que de se serrer au maximum contre la personne devant lui. Vous sentez son ventre contre votre dos, ses jambes contre vos jambes, son souffle dans votre cou et il se sent en plus obligée de chanter toutes les chansons 3 tons en-dessous et à tue-tête dans votre oreille. Le cauchemar.

A nouveau, vous tentez de vous décaler et vous rapprochez d’un groupe d’ados à la voix qui mue. Eux aussi sont hautement néfastes mais à ce moment-là de l’histoire, vous l’ignorez encore. Ce n’est qu’au moment où l’ambiance commence à monter que vous vous en rendez compte. Tout d’un coup, sans prévenir, comme s’ils étaient en 1992 à un concert de Nirvana, l’idée leur vient de se jeter sur vous pour tenter de vous entraîner dans leur pathétique et risible pogo à 5, vous déboîtant tout de même 1 épaule au passage.

Une nouvelle fois, vous changez de place et vous retrouvez à coté d’une bande de jeunes filles en fleurs à qui vous donneriez le bon Dieu sans confession, malgré leurs jeans taille basse et le string à dentelles rose et jaune qui en dépasse. Erreur. Vous avez sous-estimé la puissance de leur organe vocal et leur incompressible besoin de commenter les moindres faits et gestes des musiciens. « Regarde, ses mains elles sont trooooop belles », « j’adooore son pantalon moulant », « han, il m’a regardée, je te juuuuure »… Exaspérée, vous vous sentez obligée de leur préciser que vous êtes venue écouter un concert et non leur babillage. Elles vous regardent ébahies. Ecouter un concert, c’est un concept qu’elles n’avaient probablement jamais envisagé.

A cette liste viennent s’ajouter les gens qui puent, les lanceurs de projectiles en tout genre, les hystériques qui poussent des cris suraigus, les bandes de mecs bourrés qui jouent des coudes et des cigarettes allumées pour mieux vous passer devant, sans compter les tout-nouveaux-tout-beaux joueurs de vuvuzela qui, probablement frustrés de ne pas avoir pu s’en servir suffisamment dans les stades, se sentent désormais obligés de les recycler en rythmant les concerts de rock.

Résultat, chaque fois que je vais à un concert, j’en ressors profondément misanthrope. J’arrive là, pleine de bons  sentiments, toute gaie et joyeuse à l’idée du bon moment qui m’attend et tout d’un coup, une horde de malpropres égoïstes, mal élevés et sans scrupules vient me gâcher mon plaisir, m’ôter la vue, me bousculer ou me coller ses aisselles sous le nez. Comment voulez-vous ne pas détester toute l’humanité ?

Non vraiment, un concert, c’est bien, mais sans public, c’est mieux. A ce propos, d’ailleurs, ça coûte combien Phoenix en concert privé ?pixelstats trackingpixel

1 commentaire(s)

1 commentaire(s)
2010-09-07 15:02:13 nadege dit :

Excellent! ...là bon break, vraiment! c'est du vécu pour tt le monde je pense! et pourtant on y retourne...

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