Perdre le fil - Cécile Nadaï


4 août 2010

Paris au mois d’août

paris

La chaleur moite de Paris colle à la peau, les rues se vident, le silence gagne du terrain, les fontaines ne coulent plus pour personne. Plus d’embouteillages sur les quais de scène, plus de foule fétide dans les rames de métro, les boulangers et les restaurants ferment leur porte, les entreprises et les centres aérés se vident. Paris se meurt, Paris s’endort.

Tout vous le rappelle, vous le martèle, telle une estivale litanie : c’est les vacances. Il faut partir, fuir la ville, aller rejoindre tout le monde au bord de la mer, trouver une petite place sur la plage à coté de tous les autres, jouer des coudes, se serrer un peu, poser son parasol, sa serviette et ne rien faire pendant 3 semaines. Pas de travail, pas de villes, pas d’efforts. Juste le soleil et l’apéro.

Un par un, vous les regardez partir, vous les entendez se réjouir, chacun y va de sa destination plus ou moins exotique. Bali, Marseille, Carnac ou Agadir. Non pas que toutes ces destinations vous fasse nécessairement rêver, mais en ce moment, n’importe quel horizon un tant soit peu différent du vôtre a un air de paradis perdu. Vous repensez à vos dernières vacances, il y a un an, un siècle, une éternité. Les paysages de rizière, les plages de sable fin, les poissons multicolores, le bruit des vagues pour berceuse…

Mais cette année, c’est décidé, vous devez être raisonnable. Pas d’exotisme, pas de folies, pas de longues heures de vol vous menant droit au bonheur, pas de langues étrangères, pas de contrées inconnues. Cette année, on reste à la maison. Tant pis si c’est dur, tant pis si vous déprimez, tant pis si vous vous languissez de campagnes et de forêts, de sable blanc et d’eau salée. Tant pis si les photos de vacances des copains vous retourne le cœur, vous arrache de longues et déchirantes jérémiades, tant pis si l’odeur du monoï vous manque au point que vous vous aspergiez d’huile solaire à l’ombre de votre 3 pièces, tant pis si vous pleurez tous les  soirs dans votre lit en vous remémorant New-York, Chang Mai, Hong-Kong ou Barcelone.

Paris au mois d’août, cette année, faudra vous y faire, un point c’est tout. Bien fait pour vous. Allez, à la rigueur, si vous êtes sage, vous aurez peut-être droit à un week-end normand ou provençal, histoire de faire le plein d’iode, de vous donner l’illusion d’être parti et d’avoir des trucs à raconter lors des soirées diapos de la rentrée. Oui, c’est dur, on sait, mais ça fait des mois que c’est décidé, c’est comme ça et on ne discute pas.

Et puis, quand-même, un jour, on se prend à imaginer ce que seraient nos vacances, si on en avait. Un jour, on prend le risque d’en rêver, juste pour le plaisir de se faire mal en retombant dans la réalité. Un jour, on ne sait pas très bien lequel a craqué le premier, mais un jour, le rêve a commencé à évoluer, il s’est peu à peu transformé en idée, une idée qui commence à germer. Elle s’est peu à peu immiscée, elle a grandi, elle a grossi. Du « ce serait bien », on est passé au « et si »,  du « et si » au « pourquoi pas », du « pourquoi pas » au «  peut-être », du « peut-être » à l’achat des billets.

En quelques jours, envolées les bonnes résolutions, balayées la patience et la raison, le rêve reprend ses droits, l’exotisme prend place et avec lui les grands espaces, le soleil et la mer, la jungle et les tropiques, la faune palpitante et la flore luxuriante.

Oui, ça y est, c’est décidé, dans quelques jours, je serai harassée de chaleur dans une forêt vierge, pistée par des écureuils volants, en virée en pirogue sur des eaux boueuses infestées de crocodiles, perdue dans l’eau de la mer de chine, cernée de poissons chatoyants. A des années lumière de Paris au mois d’août.pixelstats trackingpixel

1 commentaire(s)
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2010-08-04 13:03:26 annick dit :

ah ben ça me tente bien aussi d'être pourchassée par des écureuils volants...

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