Petit précis de la chute

La chute est un truc absolument imparable pour provoquer l’hilarité générale du genre humain. C’est universel, vous pouvez aller vérifier auprès de n’importe quelle ethnie, race, religion ou nationalité, ça marche à tous les coups. Soyez maladroit, vous serez drôle.
L’hilarité provoquée par la chute est généralement proportionnelle à son potentiel ridicule. Plus vos mouvements de bras sont grands pendant la chute, mieux c’est. Si vous poussez en plus de petits cris aigus et non-contrôlés, c’est encore mieux. Si votre position d’atterrissage est bien improbable, que vous avez du mal à vous relever et qu’après y être parvenu, vous vous éloignez en claudiquant légèrement, votre chute sera parfaite. D’aucuns diront même que vous ne vous êtes pas raté. En fait, tout est histoire de dignité. Moins vous en avez, plus c’est drôle.
L’autre truc universel concernant la chute, c’est qu’elle ne fait rire que celui qui y assiste. Celui qui tombe et qui perd sa dignité, bizarrement, il rigole beaucoup moins. Je vous propose donc un petit précis de la chute qui vous expliquera comment chuter avec dignité, éviter les moqueries et en ressortir grandi.
Les trucs à ne pas faire
Râler
Ne vous relevez pas en fustigeant votre vélo, la plaque de verglas, votre voisin ou le bord du trottoir trop haut, ça passerait pour de la mauvaise foi. En plus, quand on râle, même sans être tombé, on a toujours tendance à être ridicule et donc drôle. Déjà que vous venez de vous étaler lamentablement, n’en rajoutez pas.
Faire comme si de rien n’était
La solution du « je me relève, les fesses et les genoux noirs, les mains toutes écorchées, puis je m’éloigne en boitant, clopin-clopant, la tête haute», c’est nul. Certes, les gens étant un minimum polis et surtout très hypocrites, il y a des chances pour qu’ils fassent semblant de ne rien avoir vu, mais dans votre dos, la salve de moqueries n’en sera que plus méchante. Relisez la 1ère ligne, visualisez bien la scène et vous comprendrez pourquoi.
Retomber
Pour écourter le moment de solitude qui accompagne généralement toute chute, on peut être tenté de se relever précipitamment, comme pour effacer ce qui vient de se passer. Ce serait une erreur, car ce qu’il peut y avoir de pire qu’une chute, ce sont bien deux chutes. Donc, avant de vous remettre sur pied, vérifiez bien vos appuis, testez votre équilibre et assurez-vous qu’aucune rechute ne peut survenir.
Les trucs à faire
Assumer
Ce conseil vaut généralement pour tout dans la vie. Quand on assume, on a toujours l’air moins con. Vous êtes tombé, vous avez l’air stupide et vous en avez bien conscience. Puisque vous êtes doué d’une intelligence certaine qui vous autorise l’auto-dérision, tordez-vous de rire avec les autres, faîtes des grimaces de douleur feinte (ou pas), soulignez à quel point vos moulinets du bras étaient pathétiques… En bref, assumez ! Quitte à ce que les gens rient, autant qu’ils rient avec vous et non de vous.
En rajouter
Si vous vous sentez l’âme cascadeuse, vous pouvez même travailler votre chute, la sculpter telle une œuvre d’art ; lorsque vous sentez qu’elle arrive, plutôt que de la retenir en serrant les fesses, laissez-la s’exprimer pleinement, chorégraphiez-la en y ajoutant des roulades, des cascades ou des glissades. Le rire se transformera alors en admiration, comme par magie.
Faire semblant d’avoir très mal
Si vous n’êtes ni cascadeur, ni du genre à assumer quoi que ce soit dans la vie et surtout pas une chute, vous pouvez choisir la solution inverse, à l’italienne. Rajoutez-en un maximum. Jouez la comédie, criez, tenez-vous la jambe et la tête, faites savoir au monde entier que vous avez mal, appelez votre mère, criez qu’on vous appelle une ambulance, ça fera diversion. Les gens n’oseront pas se moquer de quelqu’un qui souffre et puis on ne peut pas rigoler ET appeler les pompiers. Une fois les pompiers arrivés, prétextez un miracle (Oh ben tiens, j’ai guéri). On ne sait jamais, ça peut passer.
Vous voilà paré. Désormais, en suivant ces conseils avertis, vous pourrez tomber sans chuter socialement.
Crédit Photo – Jacqueline Rivera
ha,ha,ha Je vis au Canada donc l'article est à point pour moi ;-). Pas besoin de dire que, chez nous les chutes se comptent par millier...
Je crois que cet article aurait ete d'une grande utilite a bon nombre de Parisiens hier !
C'est précisément parce que je suis moi-même tombée hier que j'ai eu l'idée de cet article... !
Chuter avec classe (ou pas en fait), c'est une seconde nature chez moi. Voir une première
Les chutes que je préfère, ce sont celles de tes articles Cécile. Toujours très drôles et très justes. Bravo !