Esprit de Noël

Noël a quelque chose d’absolument viscéral.
Il y a ceux qui l’adorent, ceux qui, dés le mois de novembre, regardent avec excitation les illuminations s’installer en trépignant d’impatience. Ils décorent leur sapin comme un rituel et donnent à leur maison des airs de fête. Ils lèchent les vitrines des grands magasins, s’extasient devant les marionnettes en dodelinant de la tête sur les chants de Noël, ils mangent des marrons grillés dans les rues en faisant de la buée avec leur bouche, le bonnet vissé sur la tête. Ils se goinfrent de sucre d’orge et de chocolats parce qu’à Noël, on a le droit. Ils partent en quête de leurs cadeaux comme on cherche un graal, ils râlent peut-être un peu dans la cohue, mais c’est Noël alors, rien n’est grave et tout est beau. Ils attendent la nuit du réveillon comme des enfants, tout exaltés, et se réveillent le lendemain, tout heureux de faire le compte des cadeaux et de l’amour qu’ils ont reçu.
Et puis, il y a l’autre camp. Le camp de ceux qui détestent Noël. Ceux qui trouvent ça gnangnan, marketing, hypocrite et répugnant. Ils détestent cette avalanche de conte de fées qui s’abat sur les villes, détestent les chants de Noël entonnés par des enfants à la voix insupportablement stridente. Ils râlent quand, à peine l’été terminé, on nous sort déjà le foie gras dans les rayons des supermarchés. Les illuminations les empêchent de dormir, en plus, c’est pas écolo. Les cadeaux, c’est commercial, ça sert à rien, le père-Noël, c’est un escroc, il a jamais existé et s’il est rouge, c’est uniquement à cause de Coca-cola. On va quand-même pas commencer à faire de la pub pour Coca-cola en foutant du rouge partout, non mais ! Et puis, les grands repas, c’est long et ennuyeux, le chocolat ça fait mal au foie et la famille, c’est un coup à s’engueuler. Quand on en a. Bref, Noël, c’est de la m****.
Tout le monde a une image de Noël gravée dans la mémoire, bonne ou mauvaise, heureuse ou triste, bon souvenir ou mauvais moments passés. Des histoires qui commencent toutes par « quand on était petit, à Noël… » La même partition jouée par les mêmes musiciens, chaque année.
Certains racontent des histoires de famille réunie, de chaleur, de bonne humeur et de cadeaux au pied du sapin. Pour d’autres, ce sont des histoires de solitude, d’absence ou de deuil, de moments mal accompagnés, tristes et froids. Et peu importe que tout cela ait changé, peu importe qu’aujourd’hui, rien ne soit plus pareil, c’est cette image, cette musique qui reste là, bien gravée. On aime Noël parce que ça nous rappelle des choses. On déteste Noël pour la même raison.
Noël, en fait, c’est un peu de l’enfance qui reste entre nous. Un peu comme un voyage dans le passé. D’aucuns aiment le laisser s’exprimer, revenir à la surface et exulter devant tant de couleurs et de lumières. D’autres le font taire pour mieux oublier. Noël, pour eux, c’est comme un couteau qui, chaque année, tourne et retourne dans la plaie.
1 commentaire(s)
C'ets vraiq u'on voit un peu le caractère des gens à leur façon de vivre noël