Perdre le fil - Cécile Nadaï


16 février 2011

un peu plus libre, au paradis…

libre-laponie

Je suis une citadine vraie de vraie. C’est comme ça, bien ancrée, bien décidée. Pourtant, étant née à Saint-Martin-des-Champs, on ne peut pas dire que j’étais prédestinée à me sentir à l’aise sur les pavés parisiens inondés de mines renfrognées. Mais voilà, j’aime la ville, son trafic, ses rues qui bougent, ses vitrines qui clignotent. J’ai envie de foule, de bruit, d’overdose de vie, de talons qui claquent sur le bitume. J’ai besoin de morceaux de vie falsifiés, d’endroits azimutés, de nuits tourmentées et de lumières artificielles. J’aime le foisonnement, le palpitant, le trépidant.

Bien sûr, parfois, Paris me saoule, je la déteste, elle me sort par les yeux, je l’ai trop vu, trop bu, trop entendu. Elle m’agace, elle m’énerve, je la trouve grise, triste et avide. Du coup, je m’en vais. Au silence, au calme, au loin. En Normandie, en Malaisie, en Thaïlande, sur une plage déserte au soleil…

…ou en Laponie. Aux antipodes de mon monde, aux antipodes de mon univers. Dans une nature immaculée et magnifique, belle et pure. Implacable et impitoyable aussi. Un paradis autant qu’un enfer.  Une nature qui ne vous laisse pas droit à l’erreur. C’est vrai partout mais là-bas elle ne s’en cache pas et sa beauté se paie très cher. Pour elle, vous n’êtes rien. Elle peut vous aspirer, vous glacer, vous ensevelir comme un rien pour un faux-pas ou une audace. Ca rend minuscule, tout petit, insignifiant. A sa place.

Pendant quelques jours, je suis allée me perdre un peu dans ce grand désert blanc, bien au-delà du cercle polaire. Un endroit plein de silence, de folles lumières vertes, d’arbres pliés sous le poids de la neige glacée, de rennes effarouchés  et de lacs gelés. Là-bas, j’ai découvert une autre réalité. Une autre façon de concevoir la vie, de la vivre pleinement et de l’aimer. A des années lumière des lumières de la ville, de son stress et de ses grilles de métro fumantes.

J’ai écouté des Sami me raconter et me montrer leur quotidien, leurs journées de travail. Traverser les pleines enneigées de Laponie en motoneige pour  aller nourrir les rennes, aller pêcher quelques poissons sous la glace du lac pour le dîner, boire une bière le soir dans le seul bar du coin, à 15 ou 20 kilomètres de la maison, aller faire quelques courses au village d’à côté, à 1 heure de route. Mais surtout, respecter, aimer et vivre en harmonie avec la nature. Une vie simple et authentique. Dure, un peu aussi. Je les ai écoutés m’expliquer pourquoi ils l’aimaient, cette vie, pourquoi c’était même la seule qu’ils concevaient. L’un d’eux m’expliquait qu’il avait quitté son village 1 fois dans sa vie pour aller à Helsinki. Il y était resté 2 jours, il avait tout détesté et était rentré.

Je lui ai demandé pourquoi il haïssait à ce point la ville, il m’a répondu que là-bas, il se sentait coincé, comme emprisonné. Il m’a demandé pourquoi je vivais à Paris et pas dans la nature, au bord d’un lac, là où on peut pêcher un poisson avant de le manger, tout simplement. Je lui ai répondu qu’en pleine nature, je me sentais coincée, comme emprisonnée.

J’aime la ville parce qu’en ville, je me sens libre. Je peux faire tout ce que je veux, quand je veux, comme je veux, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Aller au cinéma voir des vieux films, aller manger pakistanais, cantonais, japonais ou français, prendre un avion, rester à la maison, me faire livrer à peu près tout ce qu’il est possible et imaginable de se faire livrer, rejoindre la nature à quelques encablures, me perdre dans la tourmente urbaine, m’acheter n’importe quoi, sortir dans des endroits improbables jusqu’au bout de la nuit, danser, aller voir des concerts, chanter dans un karaoké. J’ai le choix. Pour moi, c’est ça la liberté.

Il aime la nature parce qu’avec elle, il se sent libre. Elle est vraie, pure, belle et authentique. Il la connaît, il la comprend, il la respecte, il sait comment nouer avec elle un lien étroit et fort qui leur permet à tous les deux de survivre et de s’épanouir. Il n’a besoin de rien d’autre que ce qu’elle lui offre. En se tenant éloigné des désirs inutiles, de la futilité et de la frivolité, il se tient éloigné des regrets et des frustrations. C’est ça, pour lui, la liberté. C’est pour ça qu’il n’arrive pas à supporter la ville. Il n’a besoin de rien de ce qu’elle a à lui apporter.

Je me sens libre parce que je peux assouvir le moindre de mes désirs, si futiles soient-ils. Il est libre parce que des désirs futiles, lui, il n’en a pas.pixelstats trackingpixel

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