Chacun cherche son taxi
Avez-vous déjà pris un taxi à Paris ? Ou plutôt, avez-vous déjà tenté de prendre un taxi à Paris ? Il n’y a qu’à Paris que cette question a du sens, finalement. Tenter de trouver un taxi. A Hong-Kong, Bangkok, Tokyo ou Los Angeles, on ne tente pas de trouver un taxi. On lève le bras sur le bord du trottoir et hop, ça y est, on a trouvé !
A Paris, c’est autre chose. C’est beaucoup plus folklorique. Totalement inégalable. Il n’y a qu’ici qu’on a le temps de traverser tout Paris sous la pluie à 3h du matin sans en croiser un seul, de taxi. Notez, ça fait des souvenirs, hein, après, on en rigole. Tu te souviens, cette soirée à Cambronne ? Ah ouais, on était rentré à Ménilmontant à pied, y’avait pas de taxi. Qu’est-ce qu’on a ri ! Y’a qu’à Paris que ça peut arriver, ça. A NY, vous avez à peine eu le temps de barboter dans une flaque d’eau que 2-5-10 voitures jaunes vous ont déjà rattrapé pour vous ramener au sec !
Alors, bien sûr, à Paris comme ailleurs, il y a des bornes de taxi… mais figurez-vous qu’ici, c’est unique aussi, elles ne sont pas faites pour trouver des taxis. Eh non ! J’ai appris l’autre jour de la bouche même d’un chauffeur que les bornes de taxi étaient faites pour qu’ils puissent prendre leur pause. Pauvre idiote que je suis, moi qui passais des heures à faire le pied de grue en bas du panneau taxi, pensant que ça allait les faire venir plus vite ! Ah il a bien rigolé, le chauffeur, quand je lui ai dit ça ! Ah mais non mademoiselle, faut pas venir là pour trouver un taxi, hihihihihi.
Il y aussi les services téléphoniques qui permettent d’appeler un taxi, histoire qu’il vienne vous chercher juste là où vous êtes. C’est magique ! Sauf que… nous sommes désolés, aucun taxi n’est actuellement disponible dans votre secteur, merci de renouveler votre appel ultérieurement. Mince, change de secteur, pour voir. Nous sommes désolés, aucun taxi n’est actuellement disponible dans votre secteur, merci de renouveler votre appel ultérieurement. Bon, eh bien nous marcherons, voilà tout.
Quelques kilomètres plus tard, miracle, vous repérez ENFIN un taxi au loin… vous lui courez après, il s’arrête, vous demande où vous allez… ah, dommage, c’est pas dans ma direction, ça va pas être possible. Il n’a pas le droit, bien sûr, et vous le lui signifiez clairement, précisant que si jamais il vous laisse sous la pluie comme ça en pleine nuit, ça va mal aller pour lui, vous allez le dire ! Malheureuse, qu’avez-vous fait ! Un flot d’insultes s’abat immédiatement sur vous. Sale c*******, espèce de p***, pour qui tu te prends, tu fais ça, je te retrouve, je te bute. Avant de redémarrer en trombe, en vous éclaboussant au passage.
Ok. La c******* va donc se chercher un autre gentil taxi. Une demi-heure plus loin, il y en a un qui s’arrête, vous demande où vous allez et vous dit « Montez ». Alleluia, vous êtes sauvée ! Bon, il ne vous reste plus que 500m à parcourir, mais c’est pas grave. De toute façon, ne vous inquiétez pas, il trouvera bien un moyen de transformer ces 500m en 2kms histoire de rentabiliser l’opération. Comment ça, il aurait fallu prendre à droite ? Vous voulez prendre le volant, peut-être ? Vous savez mieux où vous habitez que mon GPS, c’est ça ? Dépitée, les yeux rivés sur le compteur, vous vous recroquevillez sur le siège arrière et vous vous taisez, espérant qu’il en fasse autant.
Mais ça, ce serait trop beau ! Parce que des doléances, le monsieur, il en a ! Contre la mairie (qui veut rajouter des taxis dans Paris, non mais et puis quoi encore!!!), le gouvernement, les Saoud, les français, les bourges, les roumains, les flics, les anglais, les bureaucrates, les ‘ricains, les gosses et leurs mains sales. La terre entière est contre les chauffeurs de taxi parisiens. Ah mais si, je vous jure, on ne se rend pas compte ! Leur métier est tellement dur, si vous saviez… le vôtre aussi ? Il s’en tape. Ce qui l’intéresse, c’est lui. Et de toute façon, il parle plus fort que vous, c’est bien la preuve que ses problèmes sont plus importants ! Vous avez mal à la tête, vous êtes au téléphone, vous ne tenez pas à écouter ses propos racistes ? Il s’en tape aussi. C’est son taxi, si t’es pas contente, t’as qu’à descendre. Et vu la difficulté à trouver un taxi… ben vous restez, hein. On va pas faire les difficiles.
Lorsque vous rentrez enfin chez vous, il est 5h, vous êtes trempée, frigorifiée, fatiguée, saoulée… et un peu plus légère qu’avant, grâce au 20€ dont il vous a délestée. 20€, c’est donc ce que valent 500m à Paris la nuit.
Crédit Photo – flickr – Lomokev
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