Perdre le fil - Cécile Nadaï


23 mars 2011

Et si on partait pas au ski ?

diable-au-corps-1936-01-gLe sport, c’est dangereux. La preuve, il y a quelques jours, un ami s’est fait une tendinite au bras droit en jouant au tennis. Du coup, le pauvre ne peut plus travailler, ni faire ses courses, ni boire des verres avec les copains et en plus il meurt de faim vu qu’il ne peut même plus tenir une fourchette ! Tout ça pour un tennis…

Moi, je ne crains rien : étant d’un naturel prudent, je m’abstiens depuis de nombreuses années. Le sport, j’aime pas ça et il me le rend bien. Pourtant, jusqu’à un certain âge, être nul en sport, cela représente un véritable handicap social. Notamment au collège, pendant les cours de sport, quand le prof se sent de choisir les 2 meilleurs sportifs de la classe qui constitueront leur équipe en appelant, chacun leur tour, un élève de leur choix. Forcément, ce sont les meilleurs qui sont pris en premier et forcément, j’étais toujours la dernière.

Fort heureusement, plus on grandit, moins on a de prof de sport. Du coup, plus personne ne vous enquiquine à courir après un ballon, plus personne ne vous humilie en vous choisissant en dernier et surtout, à mesure que le cerveau se développe, les enfants cessent peu à peu de vouloir  à tout prix jouer au loup ou à la tomate avec vous pendant la récré. Bref, les occasions de courir se font de plus en plus rares et vous pouvez enfin vous adonner à votre abhorration totale et sans limite du sport, en toute tranquilité et même avec fierté.

Il reste néanmoins une période de l’année pendant laquelle de vieilles réminiscences de collège remontent à la surface. Une période pendant laquelle vous vous sentez à nouveau honteuse et pas normale en réalisant l’ampleur de votre non-sportivité. Cette période, c’est celle des sports d’hiver.

Je suis allée aux sports d’hiver 2 fois dans ma vie. (Vous aurez quand-même noté que dans sports d’hiver, il y a « sports » et « hiver », ce qui fait déjà 2 bonnes raisons de ne pas y aller). La première fois, j’avais 5 ans et ma mère m’avait inscrite à un cours pour enfants. J’ai des souvenirs glacés et mouillés de monos désespérés essayant de comprendre comment je faisais pour avoir si peu le sens de l’équilibre. Entre 2 flots de larmes, je voyais leurs grands yeux incrédules m’observer avec fascination. Une expérience absolument détestable.

La deuxième fois, j’avais 10 ans. J’ai tout de même réussi à apprendre une chose: la position chasse-neige… que j’ai gardée pendant une semaine. J’ai fini par réussir à descendre la piste verte, en majorité sur les fesses. Mais par contre, et c’est très problématique, je n’ai jamais réussi à prendre le tire-fesse. Du coup, je suis remontée à pied, les skis à la main, en pleurant comme une madeleine et en jurant que « plus jamais on ne m’y reprendrait, maman pourquoi tu m’as envoyée là ! ».

Vous comprendrez donc que l’enthousiasme général de mes amis à l’idée de partir au ski me semble totalement saugrenu et même particulièrement irrationnel. Non mais sérieux, c’est quoi le truc avec le ski ??? C’est dangereux, c’est froid, c’est mouillé, c’est dur, ça fait mal, c’est cher, c’est plein de gens partout… mais tout le monde exulte à l’idée d’y aller. Je comprends pas. Moi, à la limite, je veux bien aller boire du vin chaud à la cannelle en terrasse ou manger de la fondue savoyarde entre potes mais pour ça, y’a pas besoin d’aller se les geler à 2000m d’altitude ! Et même, mettons, je veux avoir froid, je vais en Laponie ! Au moins là-bas, y’a pas une foule de touristes qui se promènent partout avec un forfait identique autour du cou… et à la place, y’a des aurores boréales !

Mais non, chaque année, c’est pareil, les gens se sentent de tenter de me rendre jalouse en m’envoyant des photos de sommets enneigés, de pistes blindées et d’eux-mêmes, tout sourire, dans leur combinaison moche, s’apprêtant à aller se casser le nez sur la neige gelée. Eh ben, je vous le dis, les gars, moi, vous me faites pas rêver !

Crédit Photo – Le Diable au Corps – 1947pixelstats trackingpixel

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