La vie en vinyl

Quand j’étais plus jeune, le disquaire, c’était le magasin le plus cool de ma ville. Tellement cool que j’étais pas bien sûre d’avoir le droit d’y entrer. Et quand parfois j’osais, c’était avec la peur de passer pour une inculte néophyte auprès du beau vendeur qui ne devait surtout pas savoir que je ne connaissais pas encore les Clash.
En matière de temple musical, là où j’ai grandi, Il y avait aussi une discothèque. Pas la discothèque pour danser, non, même si ça aussi, y’en avait, mais une discothèque pour emprunter des disques. C’était certes moins élaboré qu’un player en ligne, beaucoup moins fourni en référence qu’Itunes ou Spotify, mais ça m’a quand-même permis de découvrir Melody Nelson, Deep Purple et Earth Wind & Fire avec une vraie pochette entre les mains.
La taille quelque peu, comment dire, étriquée de cette discothèque municipale, m’a permis d’en faire très rapidement le tour. Heureusement pour ma culture musicale naissante, je suis tombée sur un stock de vieux vinyls de mes parents planqué au grenier derrière un coffre à jouet. J’ai mis de coté les yéyés (faut pas non plus exagérer) et certaines autres choses hasardeuses et je me suis ruée sur les Beatles, les Stones, Led Zeppelin et Stevie Wonder. Un autre monde s’est alors ouvert à moi. Fini les Doc et Difool, les Hit Music Only de NRJ enregistrés à l’arrache sur des mix tapes, enfin je découvrais le vrai sens du mot Musique, écoutée avec un saphir, des grésillements vintage, des craquements sur les refrains, des face A et des face B. Le pied.
A 15 ans, j’ai lu High Fidelity de Nick Hornby. L’histoire de Rob Fleming, un disquaire londonien passionné de pop 60’s et 70’s qui, après s’être à nouveau fait larguer, décide de faire la bande originale de sa vie en classant ses disques par ordre d’acquisition. Quand j’y pense, dans ma tête, il ressemblait étrangement à mon premier disquaire, celui de Nick Hornby. Un premier disquaire, c’est un peu comme un premier amour, en somme. Il m’a fait découvrir les Velvet Undergrounds, les Sex Pistols et, surtout, il m’a donné envie d’aller voir Camden Town, ses rues, ses marchés et… ses disquaires indépendants. J’ai tellement aimé que j’y retourne encore ce week-end !
Après cela, bien des rencontres,des amis, des amoureux, des copains de copains, des concerts et des pérégrinations sont venus compléter mon uniers musical. Et moi aussi, un peu, du coup. Aujourd’hui, j’ai beau aller à la fnac et acheter de la musique virtuelle, j’ai toujours un truc particulier avec les petites boutiques bordéliques, remplies de vinyls du sol au plafond, coincées entre le fleuriste et le libraire, dans lesquelles des mondes entiers se sont refaits. Et si Syd Barrett n’était pas parti en live, que serait devenu Pink Floyd ? Revolver, Abbey Road ou le White Album ? Le rock est-il mort ?
Le 16 avril, c’est la journée des disquaires indépendants, alors partez à la recherche de votre Rob et faites-vous la BO de votre vie en vinyls…
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