Time is on my side

Le temps est toujours trop court ou trop long. Il ne se passe jamais comme il faudrait. C’est ça, le grand drame de notre destinée. Le temps n’est jamais comme il devrait être.
La vie devrait être équipée d’un bouton marche arrière et avance rapide. D’un bouton pause aussi. Ca règlerait tellement de problèmes ! Une bêtise, un regret, une petite envie de revivre une scène du passé ? Une petite marche arrière et c’est réglé ! Un mauvais moment à passer, une grosse angine, 15 heures d’avion, un être qui vous manque ? Une petite avance rapide et on n’en parle plus !
Et puis, pour les moments privilégiés, perdus à l’autre bout du monde ou dans le canapé, seuls ou bien entourés, j’appuie sur le bouton pause et le temps s’arrête pour me laisser en profiter. Ce serait bien pratique, tout de même…
Sauf qu’en fait, si c’était possible, on ne serait plus jamais vraiment ensemble. Il y en aurait certains dans le passé, d’autres dans le futur, d’autres en pause quelque part pendant un concert de Nirvana en 1992 ou pendant celui des Stones en 72… Déjà qu’en étant tous dans le même temps sur la même terre, on a parfois du mal à se trouver alors s’il fallait en plus chercher dans 10 000 d’histoires, l’équilibre cosmique aurait bien du mal à rester équilibré.
Bon, d’accord, c’est pas une bonne idée. Alors, à la place, est-ce qu’on ne pourrait pas plutôt trouver un moyen de se téléporter ? Ca aussi, ça réglerait des tas de problèmes !
Plus de stress au travail puisque vous pouvez aller vous faire masser dans un spa thaïlandais ou vous reposer sur une plage de sable blanc pendant votre pause déjeuner et revenir au bureau à 14h, le tout sans embouteillages et sans métro !
Le voyage ne serait plus un truc long et coûteux qu’on prépare 6 mois à l’avance et qui implique nécessairement de se taper 10 heures d’avion. Un claquement de doigt et vous êtes où vous voulez ! Même plus besoin d’hôtel, un autre claquement de doigt et vous rentrez dormir à la maison.
Plus de problèmes d’amour à distance puisque plus de distance tout court. Vous pouvez tomber amoureuse d’un homme qui vit à Tombouctou et le rejoindre tous les soirs à la sortie du bureau.
Plus de problèmes d’amis qui vous manquent parce qu’ils vivent à l’autre bout du monde : vous pouvez aller boire un verre à Taipei, continuer la soirée en boîte à San Francisco puis finir en after à Oslo avant de revenir dormir à Paris.
Plus de problèmes d’immigration, les gens iraient et viendraient à leur grè, où bon leur semble, en s’en fichant pas mal des frontières. Plus de problème de délocalisation, vous pouvez vivre à Angers et travailler à Beijing. Plus de problèmes de coût de la vie, vous allez faire vos courses là où c’est le moins cher, par exemple, sur un petit marché en Malaisie ou à Papeete.
Bon, par contre, ce serait un peu le paradis des méchants en cavale, des cambrioleurs et des tueurs en série inarrêtables. Vous imaginez, vous rentrez chez vous, il y a un fou dangereux qui s’est téléporté dans votre salon. C’est bête, quand-même…
Bon, très bien, d’accord ! Laissons le temps et les distances comme elles sont, contentons-nous du présent et préservons l’équilibre fragile du monde puisqu’il ne supporte aucun changement. En fait, pour bien faire, ce qu’il faudrait, c’est que tout ça soit possible… mais juste pour moi.
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