Hurler avec les loups
C’est marrant, quand-même. Nous sommes tous prêts à nous battre corps et âme pour défendre la liberté d’expression et notre droit à la différence et pourtant, nous souffrons tous de panurgisme viral et d’uniformisation chronique de la pensée.
Certains prétendent que la solidarité n’existe plus. Baliverne ! Pour ce qui est de nos pensées, nous sommes tous bien solidaires les uns des autres, sous nos airs de grands révolutionnaires devant l’éternel.
La preuve, ces derniers temps, tous ensemble et en même temps, nous avons crié au complot et à la machination infernale quand notre présidentiable préféré s’est fait attaquer. Sûrs de nous, persuadés d’avoir raison. Puis, tous ensemble et en même temps, nous avons changé d’avis et nous nous sommes mis à crier à la perversion, au machisme et à l’abus de pouvoir. Sûrs de nous, persuadés d’avoir raison. Certains ont même organisé des manifestations pour bien montrer à quel point ils étaient outrés et indignés !
Juste avant cela, tous ensemble et en même temps, on avait crié à l’ignominie en lisant dans tous les journaux l’histoire de ce fou dangereux qui avait massacré sa famille. D’aucuns, à l’époque, s’étaient même improvisés détectives privés pour retrouver le monstre… comment s’appelait-il déjà ? Peu importe, on a depuis longtemps zappé son nom, balayé qu’il a été par le rouleau compresseur de l’actualité. Il a repris le cours de sa nouvelle vie, le meurtier sanguinaire et sans cœur, probablement très reconnaissant à DSK d’avoir fait diversion de manière si spectaculaire.
On a aussi oublié qu’avant lui, l’Egypte, la Lybie, la Syrie et le despotisme forcené de ses dirigeants nous avaient pas mal occupé, avant de nous lasser. Il faut dire qu’à la longue, des rebelles qui se font tirer dessus, un psychopathe qui raconte n’importe quoi, le sable et le désert, c’est rébarbatif. Alors forcément, l’été n’est pas encore arrivé qu’on a déjà oublié le printemps arabe.
Et ne parlons même pas du Japon, de son Tsunami et de ses centrales nucléaires. Le cataclysme planétaire qui mobilisait les rédactions du monde entier et promettait de changer la face de l’univers est déjà loin derrière nous, comme s’il n’avait jamais existé. Plus la moindre Une sur Fukushima et l’accident. Pendant ce temps, pourtant, les fuites radioactives continuent de fuiter et des milliers de personnes sont toujours à la rue.
Que voulez-vous, c’est la faute à l’humanité, tout ça. Elle n’arrive plus à suivre le rythme. Elle met des semaines à mener des révolutions, des mois à reboucher un trou dans une centrale, des années à reconstruire des pays dévastés, une éternité à retrouver des meurtiers ou à planifier des procés. C’est beaucoup trop long ! On ne peut tout de même pas mobiliser notre attention si longtemps sur des choses dont, au fond, on se fout royalement. Surtout quand ça se passe à l’autre bout du monde.
On veut bien faire semblant, s’intéresser quelques jours, tant qu’il y a un peu de suspense mais on a très vite besoin de sang neuf, de sordide… de nouveauté, quoi ! Et tant pis pour ceux qui continuent à mourir. Il faut bien en laisser quelques uns sur le bord de la route si on veut avancer. La misère humaine, au bout du compte, c’est comme tout, ça se consomme et puis ça s’oublie.
(cc)Edward Kotowski
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