Cultiver son jardin

A la tombée du jour, à l’heure où jaunit la lumière, monter les petits escaliers qui mènent au jardin. Ce petit bout de monde à part, plein de verdure parsemée de bleu, de jaune et de violet.
S’asseoir juste sous le lierre, sur le petit banc de bois. Fermer les yeux et ne rien faire. Sentir la brise, le soir et le frais retrouvé. Ecouter la vie du quartier, les oiseaux gazouiller, le bruissement de l’eau qui coule sur les feuilles assoiffées, entendre les verres s’entrechoquer et les rires sur la terrasse d’à coté.
Se lever, arroser chaque fleur, chaque brin d’herbe, chaque pousse, chaque feuille. Ne pas oublier le petit pot tout là-haut. Sur la pointe des pieds, en équilibre, sentir l’eau de l’arrosoir couler le long des bras, dans le cou et jusque dans le dos. Frissonner.
Tout oublier, tout laisser à la porte du jardin, se remplir de nature, les mains dans la terre, les pieds nus et la tête ailleurs.
Couper les tiges mortes, jeter les feuilles tombées, s’extasier devant les nouvelles pousses, chouchouter les bourgeons prêts à éclore. Laisser le nid abandonné bien à sa place, derrière le Thym et l’Ipomée. Ne surtout pas y toucher. On ne sait jamais. Tout inspecter, tout soigner, tout réparer. Patience et minutie.
Puis se rasseoir. Satisfaits. Ouvrir la bouteille de rosée. Le pop du bouchon, le bruit du vin qui coule. Savourer. Les roses du rosier parfument l’air du soir, les tournesols baissent la tête, les fleurs se referment une à une, harassées de chaleur estivale. Tout le monde s’incline devant la nuit.
Dans l’ombre qui tombe, regarder le jasmin s’enrouler autour de l’oranger, le lierre s’en mêler, les tomates rougir et les framboises qui attendent de se faire croquer. Une à une les manger, debout, comme en cachette, comme avant, il y a très longtemps, dans le jardin des voisins. Trouver des fraises des bois, juste à coté, les manger, elles aussi, s’en mettre plein les doigts et le menton. Se battre pour la dernière. La lui chipper.
Mettre la table, allumer les bougies, le barbecue, sourire de le sentir parfumer l’atmosphère. Sentir la chaleur du charbon s’enflammer, regarder le feu s’envoler. Et puis, attendre les copains pour introniser la soirée.
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