Finish it !

Un jour du mois d’août 2011, à Sapa, petite ville perdue dans les montagnes du Haut-Tonkin, à la frontière sino-vietnamienne.
Il est 18h. Après plusieurs heures passées sur des routes abruptes bordées de rizières en escalier et de villages H’Mongs et Dao Rouges, nous nous préparons mentalement à l’éprouvante nuit qui nous attend, serrés et ballotés dans le train de nuit qui nous ramènera à Hanoï. Arrivée prévue, 4h50 du matin.
D’ici là, des heures et des heures de cahotage, de secousses en tout sens, d’arrêts brutaux, de freinages impromptus et de sifflets intempestifs. Une fois arrivés à Hanoï, on troquera le train mythique pour un coucou à hélice qui nous amènera un peu plus au sud. Et enfin, pour finir, deux heures élastiques à passer sur les routes du Viet Nam qui ne connaissent ni le code de la route, ni la prudence, ni le civisme. Bref, patience et longueur de temps…
En arrivant dans notre petit compartiment, nous faisons connaissance avec nos colocataires d’une nuit, Patricia et Elvira, deux australiennes d’une cinquantaine d’années. L’une est écrivain, elle passe quelques mois à Hanoï où elle monte une pièce de théâtre, l’autre travaille pour la ABC, en Australie. Elles sont adorables, gouailleuses, drôles et tout à fait inimitables.
Pendant des heures, nous parlons de milliers de choses. Nous ne sommes plus vraiment au Viet Nam, pas vraiment ailleurs non plus, juste entre deux, dans ce non-lieu qu’est ce train, en transit entre la journée d’hier et celle de demain.
Elles nous racontent leur vie, à l’autre bout de notre monde, on leur raconte la nôtre, à l’autre bout du leur. On parle un peu de tout, de politique, de livres, de cinéma. De Gérard Depardieu et de Midngiht Oil. De Duras et des aborigènes. Bref, de choses insignifiantes et d’autres très profondes, parfois même intimes. De celles qu’on dirait difficilement à un ami mais qu’on confie tout naturellement à un inconnu qu’on ne reverra jamais.
On somnole finalement quelques heures entre deux secousses et à 4h50, le coup de sifflet final nous réveille en sursaut. Les yeux encore tout engourdis, l’esprit cotonneux, on se lève, comme dans un rêve, on attrape nos sacs à dos avant de descendre du train. On se dit aurevoir et puis, juste avant de partir, Patricia m’attrape le bras et me dit, très sérieusement, avec son accent australien et ses yeux encore gonflés de sommeil : « Je vais te donner le seul conseil qu’on puisse donner à quelqu’un qui écrit son premier livre : finis-le ! »
Finish It ! C’est tout. Juste ça. Et puis elle est partie. Elle s’est engouffrée dans un taxi avec Elvira et elles sont parties.
Il y a des petits conseils comme ça, jetés en l’air, mine de rien. De ces petites phrases en apparence anodines mais qui tout d’un coup donnent à tout ce qu’on accomplit un sens nouveau. De ces petites phrases qu’on garde précieusement, pour toujours, comme des guides qui, dès qu’on se perd un peu en chemin, se rappelle à notre souvenir et nous ramène au bon endroit, dans la bonne direction.
3 commentaire(s)
Ca l'air tout con, dit comme ça...
Oh oui ! Finish it !
Bien d'accord avec Patricia