Perdre le fil - Cécile Nadaï


20 septembre 2011

Les cris d’enfants

billgfotoDepuis 2 ans, j’ai la chance d’habiter en face d’une cour d’école. J’ai donc pu, tout à loisir, étudier de (trop) près les différentes typologies de cris d’enfants et déterminer empiriquement leur signification cachée. Voici le fruit de mes travaux :

Le cri « j’ai peur et j’aime ça » : hii hii hii hii ! Ce cri est le plus souvent féminin mais on a aussi vu des garçons le pratiquer. Il est généralement poussé lors d’un jeu consistant à s’attraper,  tel le loup ou le chat perché. L’enfant est poursuivi par un autre enfant, il court pour lui échapper, les mains en avant, la tête en arrière, en poussant des cris suraigus pour se donner du courage, tout en riant parce que c’est tellement drôle de se faire courir après.

Le cri « s’il-te-plaît courre-moi après » :  haaaa haaaa haaaaa ! Celui-là, il est uniquement féminin. C’est le cri de la petite fille qui aimerait bien que le petit garçon lui courre après. Sauf que le petit garçon, lui, il veut juste jouer avec ses copains. Courir après les filles, à 7 ans, ça ne l’intéresse encore que très moyennement. La petite fille, ne comprenant pas ce manque d’intérêt, court autour de lui en criant et en secouant ses cheveux, espérant attirer son attention. Ce stratagème ne marchant malheureusement que très rarement, cela peut durer très longtemps.

Le cri d’excitation suprême : hiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! Aussi appelé cri de communion. En effet, comment exprimer sa joie d’être ensemble, son bonheur de partager une si grande amitié, quand on a 4 ans, très peu de vocabulaire et un quotient émotionnel encore peu développé ? La réponse est simple : on crie. Fort, aigu, longtemps et tous ensemble, d’une seule voix et d’un même élan.

Le cri furtif : Rah ! Rah ! Celui-là, je ne sais pas trop bien à quoi il correspond. Il est le plus souvent masculin et poussé lors d’une partie de foot. On peut donc supposer qu’il signifie  « passe-moi le ballon, je suis près du but », sauf que c’est beaucoup trop long à dire quand on doit se concentrer sur le fait de courir. Dés 5 ans, le sportif économise ses mots. Il va à l’essentiel.

Le cri précieux : « maiiiiis euuuuuh » et sa variante, le cri à l’italienne, qui monte crescendo : « hiiinnnnnnn, maaaaamaaaaan ! ». Toujours poussé en chouinant et en en faisant des caisses, il a pour objectif de vous signifier, à vous et à la terre entière, à quel point l’enfant souffre atrocement suite à l’ignoble injustice dont il vient d’être victime. On l’a poussé dans la cour, on lui a pris le train avec lequel il jouait ou pire, la maîtresse l’a grondé. Ne surtout pas rentrer dans son jeu, couper court en prononçant un « oh, ça va, arrête ta comédie » ou bien, comme ma grand-mère, conclure avec un efficace « c’est ça, pleure, tu pisseras moins » avant de tourner les talons.

Le cri « j’ai mal mais parfois j’oublie » : hiiin…… hiin….. hiiin….. L’enfant vient de tomber. Par principe, il pleure. Puis son attention est détournée, il s’arrête donc de pleurer… avant de se souvenir qu’il a très mal et de reprendre de plus belle ses gérémiades. Généralement, le je pleure – je pleure plus – je pleure – je pleure plus prend définitivement fin lorsque l’enfant comprend que personne n’y croit, que tout le monde s’en fiche et qu’il y a donc sûrement des moyens beaucoup plus efficaces pour se faire remarquer.

Le cri vibrato : hiiiihaahooohiiii. Ce cri-là exprime un moment d’allégresse enfantine, ce genre de moment merveilleux où, sans bien savoir pourquoi, l’enfant se sent parfaitement heureux et épanoui, en phase avec le monde et en pleine euphorie. Il exprime donc sa joie en laissant divaguer sa voix sur 3 octaves tout en variant les voyelles et en courant de façon erratique.

Le cri de caïd : Wooooh ! Brutal, court et viril (enfin, aussi viril que possible). Il y a de l’indignation, dans ce cri. Il y a du « non mais ça va pas la tête, t’es qui toi pour me désobéir/me prendre mon ballon/me bousculer/me piquer ma copine ». Il y a du Al Pacino, dans ce cri. Ou peut-être du Joe Pesci.

Le chant crié : généralement largement empreint de moquerie, ce cri peut se décliner sur toutes les thématiques. Sa caractéristique principale ? Il finit toujours par « euh ».  Exemple : Océane eeeelle a une culotte bleue euh ou Meeeedhi, il fait pipi au lit euh. Pour être efficace, il doit être répétitif et chanté en chœur. Un peu comme une pub Juvamine ou Mercurochrome. On veut être bien sûr que le message soit imprimé.

Et enfin, le cri nanananère : c’est le même cri que tous les autres sauf qu’il est poussé par un petit insolent juste après qu’on lui ait demandé de la fermer, si possible en regardant bien droit dans les yeux celui qui lui a intimé le silence, histoire de bien lui mettre les nerfs.

En grandissant, on diversifie fort heureusement nos modes d’expression et on réserve nos cris aux cas de panique extrême ou de suprême énervement. A ce propos, je vous invite à tester l’efficacité d’un « Non mais c’est pas bientôt fini, vous allez la fermer ! » hurlé à plein poumon et avec une grosse voix dans une pièce pleine de gosses hystériques ou, pour les plus audacieux, un vicieux « Si tu la boucles pas, je mange ton goûter » adressé avec geste à l’appui au sale mioche qui s’égosille à vos pieds. Vous verrez, c’est radical.

La peur, c’est ça qui les tient.pixelstats trackingpixel

1 commentaire(s)


1 commentaire(s)
2011-09-20 14:12:02 annick dit :

je suis fascinée par la capacité des enfants à crier comme ça. je ne me souviens pas d'avoir crié quand j'étais enfant. je suis incapable de crier aujourd'hui. cela dit, vivre en face d'une cour de récréation pour moi qui n'aime pas les enfants c'est une image d'enfer!

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