Quand j’avais 15 ans, le téléphone, ça n’avait rien à voir avec aujourd’hui. Oui, je sais, je parle comme une vieille bique. Et alors, si j’ai envie d’être une vieille bique ? Je disais donc, de mon temps, c’était bien différent.
De mon temps, les téléphones avaient des fils, ils étaient gros et accrochés au mur, au milieu de la maison. De mon temps, quand on appelait son amoureux, on tombait d’abord sur sa mère. Et on disait bonjour madame, est-ce que je pourrais parler à Jules, s’il-vous-plaît ? S’en suivait un grand Juuuuuuuules, téléphoooone, puis une longue attente pendant laquelle on entendait les bruits de la maison, la télé, les parents qui ralent et enfin un timide allô ?, qui n’avait absolument rien à voir avec la voix de caïd de [...]
Un jour du mois d’août 2011, à Sapa, petite ville perdue dans les montagnes du Haut-Tonkin, à la frontière sino-vietnamienne.
Il est 18h. Après plusieurs heures passées sur des routes abruptes bordées de rizières en escalier et de villages H’Mongs et Dao Rouges, nous nous préparons mentalement à l’éprouvante nuit qui nous attend, serrés et ballotés dans le train de nuit qui nous ramènera à Hanoï. Arrivée prévue, 4h50 du matin.
D’ici là, des heures et des heures de cahotage, de secousses en tout sens, d’arrêts brutaux, de freinages impromptus et de sifflets intempestifs. Une fois arrivés à Hanoï, on troquera le train mythique pour un coucou à hélice qui nous amènera un peu plus au sud. Et enfin, pour finir, deux heures élastiques à passer sur les routes du [...]
Inutile de me parler, je n’ai rien à dire. Inutile de me faire rire, j’ai arrêté. Inutile de me dérider, en ce moment, je suis vieille. Et pas la peine non plus de me proposer des choses gaies, je ne suis pas gaie. Ni joyeuse, ni heureuse, ni quoi que ce soit de ce genre. De toute façon, le bonheur est l’idéal des porcs, disait Einstein. Et moi, j’suis pas un porc. Juste une aigrie. Une aigrie pas contente et de très mauvaise compagnie.
J’ai envie de soleil et il pleut. J’ai envie de vacances et je travaille. J’ai envie de dormir et je suis réveillée. J’ai envie de mer et je suis à Paris. J’ai envie de silence et y’a le centre aéré à coté. J’ai envie de dépaysement [...]
Allongée à l’ombre des palmiers. La chaleur étouffante enveloppe tout. Ne pas bouger, rester bien immobile. Goûter la moindre brise, le moindre souffle d’air frais pour respirer. A chaque nuage qui cache le soleil pour un instant, soupirer d’aise, sourire de soulagement. Puis la chaleur à nouveau.
Sous les doigts, les grains de sable fin. Le sel de l’océan qui tire la peau. Le rouge du soleil a marqué son empreinte sur les épaules et dans le dos. Sentir sa brûlure mordre à chaque frottement.
Au loin, deux enfants qui jouent. Le bruit des rebonds du ballon. Ils rient, chuchotent, parlementent et reprennent la partie. Leurs jeux sont des berceuses, dans la moiteur de cette journée d’été. S’endormir un peu, harrassée de chaleur.
Le travail, c’est la dure réalité. L’oisiveté, c’est le rêve inacessible.
On passe notre vie à travailler tout en rêvant de ne rien faire. Et tout le monde trouve ça normal. Tout le monde trouve normal de se forcer à faire un truc qu’il n’aime pas en s’empêchant de faire ce dont il rêve.
On nous fait croire que la valeur suprême, c’est le travail. Plus tu travailles, plus tu es quelqu’un de bien, plus tu es respectable, plus tu es admirable, plus tu peux être content et fier de toi.
Alors qu’en fait, le travail ne rend heureux personne. Tout le monde préfère s’amuser. La preuve, ceux qui peuvent, ils le font ! Ils regardent les autres travailler, ils récupèrent les sous et ils expérimentent à mort les [...]