Inutile de me parler, je n’ai rien à dire. Inutile de me faire rire, j’ai arrêté. Inutile de me dérider, en ce moment, je suis vieille. Et pas la peine non plus de me proposer des choses gaies, je ne suis pas gaie. Ni joyeuse, ni heureuse, ni quoi que ce soit de ce genre. De toute façon, le bonheur est l’idéal des porcs, disait Einstein. Et moi, j’suis pas un porc. Juste une aigrie. Une aigrie pas contente et de très mauvaise compagnie.
J’ai envie de soleil et il pleut. J’ai envie de vacances et je travaille. J’ai envie de dormir et je suis réveillée. J’ai envie de mer et je suis à Paris. J’ai envie de silence et y’a le centre aéré à coté. J’ai envie de dépaysement [...]
Allongée à l’ombre des palmiers. La chaleur étouffante enveloppe tout. Ne pas bouger, rester bien immobile. Goûter la moindre brise, le moindre souffle d’air frais pour respirer. A chaque nuage qui cache le soleil pour un instant, soupirer d’aise, sourire de soulagement. Puis la chaleur à nouveau.
Sous les doigts, les grains de sable fin. Le sel de l’océan qui tire la peau. Le rouge du soleil a marqué son empreinte sur les épaules et dans le dos. Sentir sa brûlure mordre à chaque frottement.
Au loin, deux enfants qui jouent. Le bruit des rebonds du ballon. Ils rient, chuchotent, parlementent et reprennent la partie. Leurs jeux sont des berceuses, dans la moiteur de cette journée d’été. S’endormir un peu, harrassée de chaleur.
Le mois de septembre, pour tout le monde, c’est la rentrée. La fin des vacances, la fin du soleil, la fin de l’été. Le mois de septembre, pour tout le monde, c’est l’automne. Le début de la fin, le début du froid, des nuits si longues et des matins frisquets.
Ca sent la déprime et la nostalgie, presque les prémices de l’hiver, déjà la longue attente du printemps. Sous prétexte que l’école a repris, sous prétexte que tout le monde est rentré, sous prétexte que les plages se sont vidées. Comme si l’ordre des saisons était soumis à de basses considérations touristiques ou scolaires.
Mais je m’insurge ! Ceci est injuste pour l’été, pour le mois de septembre et surtout pour nous. Le mois de septembre, c’est encore l’été ! [...]
La chaleur moite de Paris colle à la peau, les rues se vident, le silence gagne du terrain, les fontaines ne coulent plus pour personne. Plus d’embouteillages sur les quais de scène, plus de foule fétide dans les rames de métro, les boulangers et les restaurants ferment leur porte, les entreprises et les centres aérés se vident. Paris se meurt, Paris s’endort.
Tout vous le rappelle, vous le martèle, telle une estivale litanie : c’est les vacances. Il faut partir, fuir la ville, aller rejoindre tout le monde au bord de la mer, trouver une petite place sur la plage à coté de tous les autres, jouer des coudes, se serrer un peu, poser son parasol, sa serviette et ne rien faire pendant 3 semaines. Pas de travail, pas de villes, [...]
J’ai envie de bleu, de ciel, de turquoise, de blanc. J’ai envie de doux, de calme, de silence, d’apaisement. J’ai envie de chaud, de beau, de clair. J’ai envie d’horizons dégagés, de paysages ensoleillés.
J’ai envie de petits nuages blancs dans un ciel tout bleu. J’ai envie de soleil éblouissant sur une plage déserte. J’ai envie de sable sur mes doigts, de vagues sur mes pieds, de sel sur ma peau. J’ai envie de siestes prolongées, de nuits infinies, de matins rayonnants. J’ai envie de robes légères, de maillots de bain colorés, de sandales à mes pieds. J’ai envie de brise tiède dans mes cheveux, de chaleur sur ma peau rougie de soleil. J’ai envie de seuls au monde, de juste deux, de personne autour.
Il y a des départs voulus, des départs subis, des départs différés, des départs éphémères, des départs soudains, des départs qui ressemblent à des fuites, des départs que l’on regarde depuis le quai d’une gare, des départs qui sont comme des délivrances, des départs hésitants, des départs théâtraux…
Ceux que je préfère, ce sont ceux qui font naître en moi l’excitation et l’impatience. Ceux que l’on prépare, que l’on attend, que l’on espère. Compter les jours, imaginer, rêver, trépigner avant de partir, enfin.
J’aime partir parce que dans un départ, il y a toujours l’idée que là-bas, c’est mieux. Ici, on s’ennuie, on connaît par cœur, on a soif d’autre chose. Ailleurs, c’est différent, étrange, nouveau. Et c’est précisément cela qui est mieux. Le changement. On ne s’émerveille que [...]